Un Beethoven allégé mais vivant


By Christian Merlin on 3/26/09

Le chef Paavo Järvi est l'une des baguettes les plus impressionnantes du moment. (Martine Archambault/Le Figaro) Crédits photo : Le Figaro

En trois jours et quatre concerts, le public du Théâtre des Champs-Élysées pourra entendre l'intégrale des Symphonies de Beethoven, pierre angulaire de tout le répertoire orchestral, dans l'ordre chronologique. Occasion rare d'entendre ainsi ces œuvres à la fois comme un tout et comme une évolution. Le chef, Paavo Järvi, futur directeur musical de l'Orchestre de Paris, est l'une des baguettes les plus impressionnantes du moment : un homme déterminé, dont les visions musicales sont marquées à la fois par une volonté impérieuse et par une grande ouverture d'esprit. Ainsi, ce chef de culture symphonique jouera Beethoven avec la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême, formation d'une quarantaine de musiciens habituée au jeu baroque.

Järvi et la Deutsche Kammerphilharmonie dans Beethoven, voilà l'une des propositions les plus stimulantes que l'on puisse faire aujourd'hui. Ce cycle Beethoven leur est familier : ils l'ont enregistré pour RCA, et déjà joué en concert à Tokyo. Après Paris, ce sera New York et le Festival de Salzbourg, l'été prochain. Paavo Järvi aime travailler avec cet orchestre, car si le chef apporte sa propre conception, c'est aussi un échange permanent avec ces musiciens habitués à s'autogérer. Grâce à son père, le chef d'orchestre Neeme Järvi, l'un des rares à posséder des disques occidentaux dans l'Estonie soviétique, Paavo a appris son Beethoven chez les grands chefs romantiques d'autrefois, à commencer par Furtwängler : il reste convaincu que ce dernier a mieux compris que n'importe quel autre l'esprit de cette musique. Mais il a eu dans les années 1980 le choc Harnoncourt et a depuis confronté sa culture symphonique au jeu sur instruments anciens. Et de cette confrontation est née la passionnante synthèse qu'il propose actuellement. Ainsi, ses cordes n'utilisent le vibrato qu'avec parcimonie : « Si l'on vibre tout

le temps, la main qui tient l'archet démissionne face à la main gauche, et les musiciens en oublient de phraser : le jeu est beaucoup plus libre et mobile sans vibrato. » Il utilise des cors modernes à pistons, et non les cors naturels d'époque, mais ses instrumentistes les jouent avec une technique de cor naturel : « Il est évident que Beethoven avait dans l'oreille la coloration différente que donnent les sons bouchés, que l'on perd sur le cor moderne, qui sonne parfois comme une turbine. » Si leur Beethoven est allégé, il n'est pas rétréci pour autant : toujours vivant, expérimentant sans cesse, jamais figé, il devrait représenter une expérience nouvelle pour ceux qui croient n'avoir plus rien à apprendre de ces symphonies.

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