Wednesday, February 17, 2021

Unser Tschaikowsky auf der Bestenliste






Der Preis der deutschen Schallplattenkritik listet vierteljährlich die meistversprechenden Neuerscheinungen auf dem Markt. Auch unsere erste Tschaikowsky-Veröffentlichung wurde ausgezeichnet:

«Paavo Järvi und sein hoch motiviertes Tonhalle-Orchester durchleben Tschaikowskys Fünfte als grosses Drama. Das ist direkt, plastisch, stringent, und tönt bis zum Finale dieser russischen Schicksalssymphonie nie parfümiert, immer packend.»
Für die Jury: Rainer Wagner.

Thursday, February 11, 2021

Russisch- polnisch: Tschaikowskis 3. Sinfonie mit dem Tonhalle-Orchester Zürich unter dem Dirigat von Paavo Järvi

Kultura-Extra
Andre Sokolowski
11.02. 2021


Das Tonhalle-Orchester Zürich gibt es seit dem Jahre 1868, und es zählt zur Weltspitze. Dirigenten wie Rudolf Kempe, Gerd Albrecht, Christoph Eschenbach und (ganz besonders) David Zinman prägten es in jüngerer und jüngster Zeit; letzterer war dem Klangkörper fast 20 Jahre als Chefdirigent verbunden - seit 2019 ist Paavo Järvi Inhaber des Postens..
Jetzt liegt die Gesamtaufnahme von Tschaikowskis sämtlichen Sinfonien und weiteren Orchesterwerken mit den beiden vor; und gestern stieß ich zufällig auf einen Konzertstream vom 15. Januar, den man auf der Homepage des Orchesters anklicken konnte.

Merkwürdigerweise zählen "nur" Tschaikowskis drei letzte Sinfonien zum immer wieder als Repertoire-Standard beanspruchten Kanon, die ersten drei hingegen weniger oder (noch besser:) nie. Gut also, dass es nunmehr die Gelegenheit gegeben hat, Tschaikowskis Dritte (auch als Polnische gehandelt) vorübergehend am Bildschirm/ unter Kopfhörern erlebt haben zu dürfen.

"Der häufig vorgebrachte Kritikpunkt, Tschaikowskis Sinfonien hätten den Charakter von Suiten, trifft am ehesten auf die dritte Sinfonie zu. Innerhalb von Tschaikowskis Schaffen ist sie die einzige Sinfonie, die fünf Sätze hat und in einer Dur-Tonart steht.

Der in Sonatensatzform stehende erste Satz wird von einem Trauermarsch eingeleitet und geht in ein lebhaftes Hauptthema und ein poetisches Seitenthema über; zudem enthält er kontrapunktische Elemente. Im tänzerischen zweiten Satz wechseln sich Ländler- und Walzerrhythmen ab. Der idyllische dritte Satz erinnert an Ludwig van Beethovens sechste Sinfonie, die Pastorale. Im vierten Satz finden sich marschartige Rhythmen. Der energische fünfte Satz enthält, wie der Kopfsatz, kontrapunktische Elemente und wird von einer Fugati enthaltenden Polonaise beendet, durch die die Sinfonie zu ihrem Beinamen Polnische kam."

(Quelle: Wikipedia)


Die Musikerinnen und Musiker spielen unter Pandemie-Bedingungen, außer den Bläserinnen und Bläsern (im auch in der Schweiz behördlich angeordneten Mindestabstand voneinander getrennt) tragen alle andern Masken.

Konzerte mit Publikum sind erst wieder ab 7. März gestattet - ob das die Zürcher Inzidenz erlauben würde, wird man zu gegebener Zeit sehen; jedenfalls sollen ab da auch alle Tschaikowski-Sinfonien, die der Järvi mit dem Tonhalle-Orchester vorher eingespielt hat, nochmals live zur Darbietung gelangen.

Rein vom Tontechnischen her ist der Gesamteindruck mehr als zufriedenstellend.

Obgleich vom Feeling her "nicht richtig" spürbar wird, was den estnischen Pultstar ausgerechnet jetzt dazu bewogen haben mag, sich dem Orchesterwerk Tschaikowskis derart vehement zu widmen - und vielleicht auch bloß aus einem materiell-konservischen Motiv heraus; wäre ja auch nicht weiter schlimm.

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TONHALLE-ORCHESTER ZÜRICH (Tonhalle Maag, Zürich | 15.01.2021)
Peter Tschaikowsky: Sinfonie Nr. 3 D-Dur op. 29 Polnische
I. Introduzione e Allegro: Moderato assai (Tempo di Marcia funebre) – Allegro brillante
II. Alla tedesca: Allegro moderato e semplice
III. Andante elegiaco
IV. Scherzo: Allegro vivo
V. Finale: Allegro con fuoco (Tempo di Polacca)
Tonhalle-Orchester Zürich
Dirigent: Paavo Järvi
Stream der Konzertaufzeichnung v. 15.01.2021

Monday, February 01, 2021

Beethoven en rouge et or avec Paavo Järvi

Crescendo Magazine
Pierre Jean Tribot
20.01.2021

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : intégrale des symphonies ; ouverture Des créatures de Prométhée, Coriolan, Fidelio, Leonore, Egmont, la Consécration de la maison. Christiane Oelze, soprano ; Petra Lang, alto ; Klaus Florian Vogt, ténor ; Matthias Goerne, baryton. Deutsche Kammerchor. Deutsche Kammerphilharmonie Brêmen, Paavo Järvi. 2004-2012. Livret en : anglais et allemand. 6 CD RCA. 194-439-82817-2

La Deutsche Kammerphilharmonie de Brême célèbre autant Beethoven que Paavo Järvi, son directeur musical depuis 2004, avec la mise en coffret collector de leur intégrale des symphonies de Beethoven et une belle sélection d’ouvertures enregistrée pour RCA. L’objet est superbe dans ses couleurs sang et or élégantes, et le contenu est soigné : 6 SACD hybrides et un lien vers le téléchargement des fichiers numériques. Le livret de 136 pages revient sur ce projet et la collaboration avec Paavo Järvi avec une belle iconographie. En ces temps de disette éditoriale, ce coffret est déjà un superbe objet, ce n’est pas si courant !

Enregistrée entre 2004 et 2012, cette somme, rodée lors de tournées mondiales acclamées, avait marqué son temps par sa très haute qualité. Il faut dire que tout comme Harnoncourt avec l’Orchestre de Chambre d’Europe (Teldec), Paavo Järvi bénéficie d’un orchestre d’exception avec des individualités fantastiques, capables des nuances les plus subtiles ou de l’écoute mutuelle la plus aboutie : les mouvements lents des symphonies sont presque des moments de musique de chambre tant les pupitres respirent entre eux et dialoguent avec une naturel évident. Quant au chef, il ne brusque rien ! Certes c'est vif et allégé, mais jamais cette direction n’est brutale ni démonstrative (comprendre ultra-rapide avec des contrastes surjoués). Le traitement du matériau sonore est exemplaire avec une capacité à activer des micros-détails sans jamais perdre de vue la progression narrative. Il suffit d’écouter le célèbre “allegro scherzando” de la Symphonie n°8 pour apprécier ces saveurs musicales fruitées qui se dégagent de l’énergie de ce mouvement. On a rarement entendu mieux tant le chef et les musiciens avancent ensemble. Aucune faiblesse à créditer à ce travail qui cerne avec autant d’engagement dans les “petites symphonies” que les grands chefs- d'œuvre. On ne peut pas dire que telle ou telle symphonie se dégage ou mérite une écoute isolée car il faut tout écouter pour appréhender la puissance artistique de cette intégrale.

L’album d’ouvertures proposé en complément prolonge notre bonheur musical avec, encore, une direction magistrale par sa théâtralité et son sens des couleurs, que ce soit dans les ouvertures célèbres comme Egmont ou Coriolan ou celles moins dramaturgiques comme lesCréatures de Prométhée ou la Consécration de la maison.

Beethoven est certes un compositeur qui se plie à tant d’approches, mais cette intégrale a pour elle un côté “évidence”qui en fait un des piliers de l’histoire de l’interprétation : la totale fusion du chef et des musiciens, la vision à la fois pleine d’énergie et soignée dans les détails sans oublier le fini technique exceptionnel sont des arguments de poids pour considérer cette somme sur la plus haute marche du podium !

Notons également que la prise de son est un modèle par son ampleur et sa richesse de timbres.
Ce coffret de collection est exclusivement disponible sur le site de l’orchestre allemand.

Son : 10 Livret : 10 Répertoire : 10 Interprétation : 10

Paavo Järvi emmène la Tonhalle de Zürich dans un Tchaïkovski saisissant / Paavo Järvi takes the Tonhalle of Zürich in a striking Tchaikovsky

Crescendo Magazine
Pierre Carrive
30.01.2021


Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie N° 5 ; Francesca di Rimini. Orchestre de la Tonhalle de Zürich ; Paavo Järvi. 2019-2020. 74’00. Livret en allemand, en anglais et en français. 1 CD Alpha 659.

Après un album Messiaen salué d’un Joker, voici le deuxième enregistrement de l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich dirigé par Paavo Järvi. Il l’avait annoncé, dans un entretien à Crescendo-Magazine, au moment de présenter sa première saison à la tête de la formation suisse : « Un autre thème central sera : les symphonies de Tchaïkovski. Nous allons les jouer et les enregistrer sur une saison. »

Eh bien voilà, c’est parti ! Le premier album est sorti. Et il est absolument superbe. Il contient la Cinquième Symphonie, la première de Tchaïkovski à avoir été jouée à Zurich (en 1895), et Francesca di Rimini, qui devait suivre quelques années plus tard (en 1901). C’est donc un choix qui s’inscrit dans l’histoire de cet orchestre, fondé il y a plus d’un siècle et demi, de la part de son tout nouveau directeur musical. À noter que, sur la grosse centaine d’albums qu’il a enregistrés, dans laquelle on trouve beaucoup de musique russe, c’est seulement la deuxième fois que le chef estonien se consacre à Tchaïkovski (après la Sixième Symphonie et Roméo et Juliette, avec l’Orchestre Symphonique de Cincinnati, en 2007, chez Telarc).

La boutade est célèbre : « Tchaïkovski a écrit trois symphonies : la Quatrième la Cinquième et la Sixième. » C’est un fait que les trois premières sont bien délaissées. Dans les trois suivantes, le compositeur a plus que largement donné de sa personne... Elles sont d’une subjectivité et d’une puissance émotionnelle que certains auditeurs peuvent trouver à la limite du supportable.

Des trois, la Cinquième est sans doute la moins immédiatement spectaculaire. Elle nous fait entendre un Tchaïkovski peut-être plus intime. C’est en tout cas ce que l’on ressent, profondément, à l’écoute de cette interprétation. Après une introduction Andanteimpressionnante d’angoisse intérieure, et qui expose le motif du destin qui parcourra toute la symphonie, l’Allegro con anima paraît presque féérique... avant d’être un drame noir et poignant, d’une intensité hallucinante, rendu supportable par quelques moments d’accalmie où du merveilleux reviendrait. Dans l’Andante cantabile, Paavo Järvi est saisissant d’introspection. Nous sommes loin de l’artiste maudit qui clame sa douleur à la face du monde. Certes nous entendons bien les questions existentielles. Elles peuvent même être déchirantes ; mais la sobriété des musiciens, quand ils interviennent individuellement, leur donne une certaine pudeur. C’est à nouveau un caractère rêveur qui nous touche dans la Valse, loin de toute paillette, de Vienne ou d'ailleurs ; et si c’est pour l’orchestre l’occasion de montrer sa virtuosité, chaque note reste expressive et sensible. Quant au finale, il consiste en un long Andante chaleureusement maestoso, qui s’enchaîne à un Allegro vivace libérateur. L’Orchestre de la Tonhalle y brille de tous ces feux ; mais Paavo Järvi parvient à en canaliser l’énergie pour la mettre toute entière au service de l’émotion, sans rien de superficiel. Nous la ressentons au plus profond de nous, et nous imaginons chaque musicien participer de tout son être à cette majestueuse acceptation du destin. Certes, nous ne nous y arrachons pas. La douleur est toujours présente. Mais nous restons du côté de la vie.

L’équilibre de l’orchestre, notamment entre les cuivres et les cordes, et l’esprit « musique de chambre » que Paavo Järvi parvient à instaurer avec cent musiciens, font que nous sommes captivés de la première à la dernière note. Et, avec cette Cinquième Symphonie à la fois implacable et galvanisante, nous faisons un bouleversant voyage en nous-mêmes.

La « fantaisie symphonique » Francesca da Rimini a aussi pour thème le destin, mais cette fois du côté inéluctable et tragique. Le sujet vient du cinquième chant de L'Enfer de Dante, qui raconte comment un mari finit par poignarder sa femme et son frère, devenus amants. La musique est impressionnante. La réussite orchestrale est tout aussi convaincante. Cet Orchestre de la Tonhalle de Zürich a décidément trouvé en Paavo Järvi un chef qui lui permet de s’exprimer. Mais cette pièce, descriptive, est plus extérieure que celle qui précède. Si l’orchestre y est tout aussi épatant, et la direction tout aussi admirable, alternant terreur inexorable et passion amoureuse, nous sommes sans doute moins chamboulés qu’avec cette Cinquième Symphonie réellement exceptionnelle.

Son : 9 – Livret : 9 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

https://www.crescendo-magazine.be/paavo-jarvi-emmene-la-tonhalle-de-zurich-dans-un-tchaikovski-saisissant/


ENGLISH

Archyde 2021


After an album Messiaen hailed by a Joker, here is the second recording of the Zurich Tonhalle Orchestra conducted by Paavo Järvi. He had announced it, in a interview at Crescendo-Magazine, when presenting his first season at the head of the Swiss group: “Another central theme will be: Tchaikovsky’s symphonies. We’re going to play them and record them over a season. “

Well, here we go! The first album is out. And he is absolutely superb. It contains the Fifth Symphony, the first by Tchaikovsky to be performed in Zurich (in 1895), and Francesca of Rimini, which was to follow a few years later (in 1901). It is therefore a choice that is part of the history of this orchestra, founded over a century and a half ago, on the part of its brand new musical director. Note that, out of the over 100 albums he has recorded, in which there is a lot of Russian music, this is only the second time that the Estonian conductor has devoted himself to Tchaikovsky (after the Sixth Symphony and Romeo and Juliet, with the Cincinnati Symphony Orchestra, in 2007, at Telarc).

The joke is famous: “Tchaikovsky wrote three symphonies: the Fourth the Fifth and the Sixth. It is a fact that the first three are well neglected. In the following three, the composer gave more than a lot of his person … They are of a subjectivity and an emotional power that some listeners can find at the limit of the bearable. 

Of the three, the Fifth is arguably the least immediately spectacular. It makes us hear a perhaps more intimate Tchaikovsky. In any case, this is what one feels, deeply, listening to this interpretation. After an introduction Andanteimpressive inner anguish, and which exposes the motif of fate that will run through the entire symphony, theAllegro con anima seems almost magical … before being a dark and poignant drama, of hallucinating intensity, made bearable by a few moments of calm where the marvelous would return. In L’Andante cantabile, Paavo Järvi is gripping introspection. We are far from the accursed artist who proclaims his pain in the face of the world. Certainly we understand existential questions well. They can even be heartbreaking; but the sobriety of the musicians, when they intervene individually, gives them a certain modesty. It is again a dreamy character that touches us in the False, far from any glitter, from Vienna or elsewhere; and if it is for the orchestra the opportunity to show its virtuosity, each note remains expressive and sensitive. As for the final, it consists of a long Andante warmly maestoso, which is linked to a Cheerful lively liberator. The Orchestra of the Tonhalle shines there with all these fires; but Paavo Järvi manages to channel its energy to put it entirely at the service of emotion, without anything superficial. We feel it deep within us, and we imagine each musician participating with all their being in this majestic acceptance of destiny. Of course, we are not getting away from it. The pain is still there. But we stay on the side of life.

The balance of the orchestra, especially between the brass and the strings, and the “chamber music” spirit that Paavo Järvi manages to establish with a hundred musicians, make us captivated from the first to the last note. And, with this Fifth Symphony both relentless and galvanizing, we take an overwhelming journey within ourselves.

The “symphonic fantasy” Francesca from Rimini also has fate as its theme, but this time on the inevitable and tragic side. The subject comes from the fifth song of Hell of Dante, who tells how a husband ends up stabbing his wife and brother, who have become lovers. The music is awesome. Equally convincing is the orchestral success. This Orchestra of the Tonhalle of Zurich has definitely found in Paavo Järvi a conductor who allows him to express himself. But this descriptive piece is more exterior than the one above. If the orchestra is just as amazing there, and the direction just as admirable, alternating inexorable terror and amorous passion, we are undoubtedly less upset than with this Fifth Symphony truly exceptional.

Sound: 9 – Libretto: 9 – Repertory: 10 – Interpretation: 10

https://www.archyde.com/paavo-jarvi-takes-the-tonhalle-of-zurich-in-a-striking-tchaikovsky/


Grande soirée avec Paavo Järvi et Beatrice Rana devant l’Orchestre de Paris

ResMusica
29.01.2021
Vincent Guillemin



Quelques jours après un concert avec Klaus Mäkelä, un Orchestre de Paris des grands soirs retrouve son ancien directeur, Paavo Järvi, pour la Symphonie Fantastique de Berlioz et le Concerto pour piano n° 1 de Tchaïkovski, ce dernier sublimé par le génial doigté de Beatrice Rana.

Dans une Philharmonie de Paris aux balcons vides, tout juste rougis par quelques lumières tamisées, Paavo Järvi retrouve son ancienne formation dans un programme quasi similaire à celui du deuxième soir d’ouverture de la salle de La Villette, le 17 janvier 2015.

Et si l’on connaît l’adage disant que les grandes salles forment les grands orchestres, il est certain que la Philharmonie a su magnifier le son d’un Orchestre de Paris dont on peinait à discerner la qualité des timbres et des pupitres dans l’ancienne Salle Pleyel. A présent, ni le Concerto pour piano n° 1 de Tchaïkovski, ni la Symphonie Fantastique ne ressemblent plus à celle et celui donnés six ans plus tôt par les mêmes artistes – à l’exception de la pianiste. Pourtant déjà, l’ensemble avait fait forte impression, mais aujourd’hui, tant la superbe de la petite harmonie que les couleurs des cordes et des cuivres démontrent que les sons se sont affinés. La Fantastique retrouve sous la baguette du chef un côté très architecturé, à défaut d’être tout à fait assez architectural, notamment dans une Rêveries déjà entendue plus passionnée. Pour autant, jamais la transparence et le détail des cordes ne dénaturent ni n’accentuent la partition berliozienne, sans jamais non plus en exagérer l’angulosité, comme s’y était essayé Daniel Harding avec la même formation dans d’autres partitions du compositeur.

Alors on pourra trouver Le Bal trop sage, La Scène aux Champs trop peu onirique ou le Songe d’une nuit de Sabbat pas assez orgiaque, mais on s’arrêtera surtout sur la vaillance du tutti, la délicatesse du premier violon de Roland Daugareil ou encore la splendeur du cor anglais. Très loin de musiciens mal préparés et peu inspirés dans cette partition début 2020 pour les 80 ansd’un autre de leur ancien directeur musical, Christoph Eschenbach, l’Orchestre de Paris expose cette fois ses particularités avec une rare souplesse. Järvi s’attelle de son côté à raconter l’histoire de l’artiste mis en musique par Berlioz, d’une lecture contrôlée mais toujours redynamisée, jusque dans la puissante fanfare finale, en plus d’identifier intelligemment de nombreuses phrases ou parties, souvent secondaires dans l’orchestration si complexe du génie français.

L’ouvrage précédent aurait pu n’être que simples prémices, pourtant il préparait déjà à une grande soirée, malheureusement dans une salle dont on entend même à l’enregistrement un peu trop la réverbération, non limitée par la densité habituelle créée par l’audience. C’est dans ce contexte qu’apparaît Beatrice Rana, encore jeune mais déjà si fascinante par son phrasé, d’une subtilité de doigté seulement surpassé par l’intelligence de sa pensée. Alors pour ce Concerto pour piano si ordinairement joué de Tchaïkovski, le Premier évidemment, on aurait pu seulement se délecter là aussi de l’orchestre et ses individualités, déjà la flûte solo, déjà les cors, déjà les amples phrases de violons, tous portés par un Paavo Järvi plus romantique qu’à l’habitude. Mais si l’on reste fasciné, c’est avant tout par les interventions de la pianiste, le visage fermé, très concentrée, parfois presque troublée dans l’attitude, et pourtant assurée dès qu’elle effleure le clavier.

Difficile de décrire avec des mots les particularités d’un jeu si fin et agile, certes jamais orienté vers les sonorités slaves, mais pourtant densifié par le foisonnement d’idées, sans que celles-ci ne viennent dénaturer la ligne globale, ni ajouter d’effet à une partition que l’on sait bien trop souvent exagérée. Chaque note, chaque mesure touche juste, tant avec l’orchestre au complet que lors de cadences parfaitement gérées. Devant une telle prestation, il ne reste qu’à espérer de pouvoir très rapidement réentendre tous ces artistes en vrai, car ils méritaient d’être acclamés par une salle au grand complet.