Un impalpable régal

Altamusica.com
Nicole Duault
10/02/2011

Concert Fauré de l’Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi à la salle Pleyel, Paris


Gabriel Fauré (1845-1924)
Pavane pour chœur et orchestre op. 50
Élégie pour violoncelle et orchestre en ut mineur op. 24
Éric Picard, violoncelle
Psaume CXXXVI Super flumina Babylonis pour chœur et orchestre
Cantique de Jean Racine, pour chœur mixte et orchestre
Requiem, op. 48
Chen Reiss, soprano
Matthias Goerne, baryton
Chœur de l’Orchestre de Paris
préparation : Stephen Betteridge
Orchestre de Paris
direction : Paavo Järvi



Luminosité, raffinement et précision : Fauré est mis en majesté par Paavo Järvi et l’Orchestre de Paris. Un brillant démenti pour ceux qui pensent que le chef estonien n’est capable que d’implacable discipline et de battue quasi militaire. Et de quoi retrouver l’Orchestre de Paris et ses merveilleux solistes chantant dans leur arbre généalogique.

Il est trop raide, pas assez expansif. Que n’entend-on pas sur la direction de l’Estonien Paavo Järvi qui depuis septembre a pris les rênes de l’Orchestre de Paris ? Cet excellent concert consacré à Gabriel Fauré a convaincu par le choix du programme et la subtilité de l’exécution révélant chez le compositeur une vitalité, une élégance et une sensibilité trop souvent confondue avec de la sensiblerie. Järvi avait annoncé qu’il donnerait une place privilégiée au répertoire français. Après Dukas en ouverture de saison, voilà qui est fait avec exigence et méthode.

Le chef avait choisi des œuvres qui mettent en valeur le Chœur de l’Orchestre de Paris, sous la direction de Stephen Betteridge, connu pour avoir participé à des productions au Châtelet et au Théâtre des Champs-Élysées. En quelques répétitions, le Britannique est parvenu à mobiliser ces chanteurs amateurs qui travaillent comme des professionnels de haut niveau.

Il est vrai que le programme leur seyait, à commencer par la mélancolique Pavane que Fauré avait dédiée à la comtesse Greffulhe. Introduite par la délicieuse flûte de Vicens Prats, cette danse accompagne le poème du comte de Montesquiou-Fézensac et respire un charme désuet.

L’Élégie pour violoncelle et orchestre fut créée par Pablo Casals en 1901 : en huit minutes, avec une sobriété mélodique et un sublime art des courbes, elle évolue entre romantisme et lyrisme et exige du soliste une virtuosité que le violoncelliste solo Éric Picard tend à son maximum. Cette pièce précède une curiosité, le Super flumina Babylonis que Fauré écrivit à l’âge de dix-huit ans et qui, semble-t-il, n’avait jamais été joué en public.

Ce psaume évoquant le chant d’exil du peuple juif valut au jeune Fauré une mention « très honorable » à un concours de composition. Elle révèle une personnalité musicale affirmée qui s’épanouit dans le Cantique de Jean Racine, postérieur de deux années.

Enfin, en pièce de résistance, c’est la dernière version du Requiem, pour grand orchestre, que Järvi a choisie. « Mon requiem a été composé pour rien… pour le plaisir », disait Gabriel Fauré qui, longtemps organiste à la Madeleine, avait accompagné tant d’enterrements qu’il en eut marre et voulut écrire autre chose. La mort lui paraissant surtout une délivrance heureuse, certains ont dit que cette œuvre était plus une berceuse qu’une messe des morts.

Avec rigueur, précision mais sans froideur, Järvi en donne une lecture épurée. Nous sommes dans la douceur fauréenne entre la voix délicate de la soprano israélienne Chen Reiss et celle, sobre et dépouillée, de Matthias Goerne. Cérébral, Paavo Järvi ? Plutôt précis et exigeant !

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