Mode et élégance

Altamusica

Thomas Deschamps

21/02/2023


Concert de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam sous la direction de Paavo Järvi, avec le concours de la violoniste Lisa Batiashvili à la Philharmonie de Paris.



La visite parisienne du Concertgebouw d’Amsterdam apporte son lot de contrastes. Lisa Batiashvili sacrifie à la tentation d’un Concerto pour violon de Beethoven revisité. L’incroyable virtuosité et les couleurs presque surnaturelles de l’orchestre sont les atouts majeurs d’une Symphonie n° 5 de Prokofiev dirigée avec élégance par Paavo Järvi.



  • Il est des modes au concert comme en cuisine. Il y a à peine quelques semaines que le Concerto pour violon de Beethoven avec les cadences récemment composées par Jörg Widmann a été donné par Veronika Eberle et Simon Rattle. Ce soir, Lisa Batiashvili présente avec Paavo Järvi la mouture d’Alfred Schnittke datant de 1977. Deux cadences qui font participer très astucieusement le timbalier, ce deuxième chef de l’orchestre, avec des citations de Bach, Berg, Bartók ou encore Chostakovitch. 

    Le voyage musical vaut le détour, mais il se fait quand même au détriment de Beethoven tant ce travail éloigne l’auditeur de l’œuvre principale. Le jeu très délié de Batiashvili contribue sans doute à une sensation d’éparpillement même dans le corps de l’œuvre. Sa sonorité légère mais bien projetée, une articulation parfois trop poussée ; tout cela fait penser à un babillage brillant qui ne s’arrête qu’à la fin du concerto. La satisfaction vient en revanche de la merveilleuse sonorité chambriste des cordes du Concertgebouw. Après ce Beethoven à la mode, il est savoureux d’entendre en bis l’Aria en ré majeur de Bach jouée selon le style de grand-papa !

    Le bonheur est sans mélange pour la Symphonie n° 5 de Prokofiev donnée en seconde partie de concert. D’un geste ample toujours relancé, Järvi brosse une vaste fresque haute en couleurs. La clarté des plans sonores reste pourtant hallucinante sans cette épaisseur de pâte pratiquée par les orchestres indigènes. Ici, les musiciens du Concertgebouw ne se départissent jamais d’une folle élégance jusque dans les délires dynamiques les plus extrêmes comme à la fin du premier mouvement. 

    L’Allegro marcato est joué avec esprit, et souvent même avec humour. L’Adagio, moins noir qu’ailleurs, se pare de teintes automnales irrésistibles, tandis que pour le crescendo du dernier mouvement la virtuosité hors du commun de l’orchestre emporte la mise d’une manière magistrale. Enfin, en choisissant la Valse triste de Sibelius comme bis, Paavo Järvi rappelle implicitement les concerts du regretté Mariss Jansons avec ce même orchestre. En contraste parfait, le temps semble ici s’arrêter dans un hédonisme sonore rêveur.





    Concert de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam sous la direction de Paavo Järvi, avec le concours de la violoniste Lisa Batiashvili à la Philharmonie de Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Concerto pour violon en ré majeur op. 61 (1806)
    Lisa Batiashvili, violon
    Sergueï Prokofiev (1891-1953)
    Symphonie n° 5 en sib majeur op. 100 (1944)
    Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam
    direction : Paavo Järvi
     
    http://www.altamusica.com/concerts/document.php?action=MoreDocument&DocRef=7077&DossierRef=6509  

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