Wednesday, January 21, 2015

La Philharmonie complètement à l’Est

 Liberation.fr
Eric Loret
16/01/2015
A la Philharmonie, en janvier 2015.
A la Philharmonie, en janvier 2015. (Photos Julien Mignot)

La nouvelle salle symphonique du XIXe arrondissement de Paris, jusqu’alors connue pour ses dépassements de budget faramineux, a enfin été inaugurée mercredi.

Paris, te voilà doté d’une Philharmonie. La capitale n’a plus rien à envier à Berlin et à son énorme et célèbre ensemble qui jouxte le Tiergarten. Mercredi soir a été inauguré en grande pompe le bâtiment de la Philharmonie de Paris, projet lancé en 2006 sous l’impulsion de l’Etat et de la Ville de Paris, après des décennies de forcing de Pierre Boulez. Et c’est Laurent Bayle, homme du sérail musical et proche du compositeur, qui a assuré la tenue du projet sur presque une décennie. Le lieu flambant neuf accueille deux résidents, l’Orchestre de Paris et l’Ensemble intercontemporain, ainsi que trois formations associées : l’Orchestre de chambre de Paris, l’Orchestre national d’Ile-de-France et les Arts florissants. Bizet n’est peut-être pas au programme, mais il n’empêche : cette toute nouvelle institution a été une formidable arlésienne. Avec un chœur politique de première bourre (et fraîcheur) : Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Renaud Donnedieu de Vabres, Bertrand Delanoë, Nicolas Sarkozy, François Hollande… Il était temps que cela s’arrête.

«Aberrations décisionnelles»

Beaucoup de critiques ont été formulées sur les travaux, leurs retards. Le coût total du bâtiment s’élève à 386 millions d’euros, la somme originelle étant de 200 millions, selon l’institution. Les caprices de l’architecte Jean Nouvel ont été évoqués pour expliquer ce dépassement hors normes, de même que le cours de l’aluminium (qui couvre la façade), monté en flèche depuis le milieu des années 2000, la technocratie qui a enrouillé l’affaire, la mauvaise gestion politique… Mais une question métaphysique a également fait polémique : pourquoi une Philharmonie plutôt que rien ? Elle devait être un temple de la symphonie et remplacer Pleyel (désormais dévolue aux musiques actuelles), permettre d’accueillir les Troyens de Berlioz. Au lieu de cela, sa programmation semble redoubler celle de l’ex-Cité de la musique, rebaptisée Philharmonie 2, en se recentrant sur une politique culturelle populiste du «il faut donner aux gens ce qu’ils veulent entendre» plutôt que «ce qu’ils pourraient découvrir».

 
 
Par ailleurs, beaucoup doutent que le public huppé de l’ouest parisien qui fréquentait Pleyel se rende à la Philharmonie tant que les infrastructures (métro, etc.) seront insuffisantes. Mais, sur le fond politique, la plus virulente des critiques est venue, en novembre, du célèbre compositeur Philippe Manoury qui, quoique réaffirmant son soutien à Laurent Bayle, s’emportait contre les considérations de rentabilité, écrivant que «si à une vue conformiste (la musique savante comme patrimoine), la politique culturelle répond par une autre tout aussi conformiste, malgré les apparences (le hip-hop dans une salle philharmonique), si donc elle se contente d’organiser le divertissement du peuple, entretenant, encore et sans fin, les vieux clivages qui gangrènent notre société, alors, les yeux fermés, elle va droit dans le mur». Et de soulever entre autres la question de l’éducation artistique et musicale dans les collèges, laissée «sur les bas-côtés». La Philharmonie s’ouvre donc dans un climat de dissonances. Mercredi dans le Monde, Jean Nouvel faisait savoir qu’il n’assisterait pas à l’inauguration, écrivant : «L’architecture est martyrisée, les détails sabotés, les contribuables auront donc à payer, une fois encore, pour corriger [des] aberrations décisionnelles.» De la fin des travaux à l’accouchement public, Libération a sillonné les interminables couloirs de l’édifice.

Montgolfière immobilisée

Pour comprendre à quoi ressemble le bâtiment, à défaut de pouvoir arpenter le ciel de Paris en hélico, on peut se pencher sur une modélisation ou une maquette située au fond d’un couloir noir. Difficile de ne pas constater que la dernière réalisation de Jean Nouvel a quelque chose d’un soufflet de cheminée, voire d’une pompe à matelas gonflable. De la structure énorme sort une excroissance triangulaire qui s’immisce entre la Cité de la musique et le boulevard périphérique. Quant au gros de la chose, c’est un drôle d’amas qui a été posé là, au cœur du parc de la Villette. Nouvel, prix Pritzker 2008, retenu en 2007 pour la commande, a construit un objet assez vivant, qui semble pouvoir s’étendre et se gonfler comme une montgolfière immobilisée. Mais cet élément organique, une paroi faussement souple conçue comme un moucharabieh, se retrouve engoncé dans une structure rigide et anguleuse.
Le bâtiment de la Philharmonie de Paris, comme l’institution elle-même, a fait de la conciliation, du mariage entre les genres, son maître mot. L’époque n’est plus à un courant stylistique dogmatique mais à l’agglomération des allures. Avec cette Philharmonie, l’architecte continue d’apposer sa patte sur la ville de Paris, sans grande concurrence : il est notamment l’auteur de la Fondation Cartier, du musée du Quai Branly, de l’Institut du monde arabe et même d’un magasin H & M aux Champs-Elysées. Si l’on ajoute le palais de justice de Nantes ou l’Opéra de Lyon, s’entérine l’image de Nouvel en grand constructeur de nos cités.
La Philharmonie, Paris, le 14 janvier 2014.
La philharmonie est inaugurŽe par l'orchestre rŽsident, l'Orchestre National de Paris dirigŽ par Paavo JŠrvi, ainsi que de nombreux solistes dont Renaud Capuon (violon), HŽlne Grimaud (piano), Sabine Devieilhe (chant).
Hasard du calendrier, sa Philharmonie suit les inaugurations de la Fondation Louis-Vuitton de Frank Gehry dans le XVIe arrondissement parisien ou du Musée des confluences à Lyon. Les bâtiments sont très différents, mais partagent le même désir de gigantisme, la même volonté de modifier l’aspect général d’une ville ou d’un quartier. Paradoxalement, alors que ces inaugurations se succèdent, le geste semble à contre-courant d’une architecture contemporaine souvent rétive à toute incursion violente dans un paysage urbain. Nouvel n’a pas eu peur du monumentalisme, a suivi à la lettre l’ambition du lieu, voulu en son temps par Pierre Boulez comme «le centre Pompidou de la musique». Les tuyaux de Beaubourg incarnaient les politiques culturelles publiques de la France des années 70. Le chaos de fonte de la Philharmonie, recouvert d’oiseaux de béton ou d’aluminium qui s’imbriquent, façon Escher, sur sa façade, est le symbole de l’institution actuelle : gigantesque, lourde, mais qui fait tout pour trouver un nouvel envol.

Ligeti et Dvorák dans les embouteillages

Attention, la Philharmonie n’est pas un simple bâtiment. Elle est, dixit le dossier de presse, «un bâtiment minéral aux allures de butte, intégré au parc de la Villette». Mais ce serait minimiser son ambition que de la considérer comme le nouveau trophée d’un jardin des merveilles architecturales : une zone conçue par Bernard Tschumi, une Cité de la musique adjacente et un Conservatoire national conçu par Christian de Portzamparc, et évidemment la fameuse Grande Halle, témoignage du passé industriel de Paris, ou encore la Géode, le Zénith… Le bâtiment de Jean Nouvel a beau être là, au milieu, il fait tout pour s’en distinguer, aller plus haut et jouer à saute-mouton sur la barrière du périphérique, que politiques et urbanistes peinent à abattre.
La Philharmonie ne prône pas l’arrivée de bulldozers sur le boulevard, mais invite à le surplomber. «Vous allez voir. D’en haut, c’est un autre Paris», entendait-on le jour de notre visite. Sur le toit du bâtiment, auquel le passant (mélomane ou non) pourra accéder par un sentier de béton, une vaste terrasse offre une vue sur le parc de la Villette d’un côté, et de l’autre sur Le Pré-Saint-Gervais, Pantin, Aubervilliers, la Plaine Saint-Denis… Une fois le belvédère - qui peut accueillir 700 personnes - atteint, on est face à un paysage de tours de bureaux, d’habitations, stades de foot ou centres commerciaux. La façade du bâtiment imprime en immenses lettres lumineuses la programmation du soir, visible depuis l’entrée principale mais surtout depuis le périph, comme un morceau de Times Square exilé là. Ligeti et Dvorák n’auront plus de secret pour les embouteillés.
Partout dans la Philharmonie surgit l’ambition d’en faire le bâtiment du Grand Paris, la tour sentinelle du pharaonique projet d’aménagement de l’agglomération. Mais organiser des concerts de classique - genre au public très marqué CSP + - dans une zone populaire a quelque chose d’un défi. Laurent Bayle, président de la Philharmonie, cite l’exemple du Parco Della Musica romain, relativement excentré. Il refuse de voir le nord-est parisien comme une zone désertée mais comme «un espace à fort potentiel de développement commercial et immobilier». Et évoque le nombre croissant d’investisseurs, essentiellement des jeunes actifs, dans le secteur. D’ailleurs, si vous-même…
Quand il parle de la Philharmonie, son président, Laurent Bayle, se place dans la posture d’un maire de village : Cité et Musée de la musique, Philharmonie 1 et 2, salle Pleyel. Le regard porté vers le futur et le geste ample, manquant par deux fois de renverser son verre d’eau, il explique les bienfaits d’une centralisation sur le modèle d’une culture pour tous.«Quand on cumule quartier aisé et lieu fermé dans la journée [personne n’a évoqué Pleyel, ndlr], on favorise un usage qui replie la musique classique.» Selon lui, la moyenne d’âge de ce public a vieilli de douze ans en quelques décennies, quand celle de l’amateur de théâtre n’a pris que quatre ans.

Xylophone géant

Comme les musées qui alignent expos, ateliers et librairie, Bayle veut inventer le week-end culturel musical intégral, «où différentes formes sont proposées à une famille : aller à une expo à la Cité de la musique, voir un concert en grand orchestre, laisser ses enfants dans des ateliersDans un même lieu, tout devient cohérent». La famille est au cœur de cette offre pléthorique à la tarification accessible (place à 40 euros maximum pour l’Orchestre de Paris), qui comprend aussi conférences et expos - la première, très attendue, sur Bowie ; la deuxième, comme par hasard, sur Boulez. Le site est jalonné de restaurants et de bars, tel le Balcon, dont la plaquette nous apprend qu’il a été «imaginé comme un bistrot contemporain informel et décontracté dans un environnement d’esthète». Bigre. En semaine, l’organisation sera moins dense, accentuée sur la pédagogie, en relation avec les écoles, où les enfants pourront par exemple s’initier au xylophone géant d’Ouganda.
La Philharmonie, Paris, le 14 janvier 2014.

La philharmonie est inaugurée par l'orchestre résident, l'Orchestre National de Paris dirigé par Paavo Järvi, ainsi que de nombreux solistes dont Renaud Capuçon (violon), Hélène Grimaud (piano), Sabine Devieilhe (chant).
Pour le moment, le pari est atteint, puisque, avant même son inauguration, plus de 70% des places pour les concerts prévus jusqu’en mars avaient été achetées. Et plus de 10 000 entrées sont déjà prévendues pour l’exposition Bowie, qui n’ouvrira que le 3 mars.
A l’intérieur du bâtiment, Emmanuel Hondré, le directeur de la production, insiste lui aussi sur le caractère pédago et collectif du projet : «Contrairement aux autres lieux parisiens, il y a ici beaucoup d’endroits pour répéter, en petite ou en grande formation. Les musiciens commencent à monter des projets entre eux. Le lieu devient un campus, c’est très excitant !» Tout est ici agencé pour le plaisir de l’instrumentiste ou du mélomane, et tant pis si les fenêtres du personnel donnent sur le béton de la rampe du parking.
Dans une petite salle, un accordeur travaille sur quatre Yamaha encore emballés. Donnant sur les arbres du parc, deux grandes salles de répétition aux murs isolants en bois gravé servent aussi de studio, l’une est construite aux dimensions de l’orchestre sur la scène. Plus loin, des couloirs rouges ouvrent sur une quinzaine d’ateliers individuels et collectifs où, selon une méthode éprouvée au Venezuela et en Finlande, «quiconque ne pratiquant aucun instrument pourra venir, apprendre avec l’aide des autres et, en quelques heures, jouer un morceau». Nous ne savons pas encore dans quel désarroi auditif se trouveront les profs mais, lecteurs, nous prévoyons un reportage sur ces ateliers.
Et puis ily a la salle. A 12 ans, quand Wagner est entré sur la scène du Hoftheater de Dresde, il en est ressorti en courant avant sa première réplique. Traumatisé. A une semaine de son inauguration, quand nous avons pénétré dans la salle de la Philharmonie de Paris, nous sommes restés cois. Tétanisés. Au plafond, les nuages acoustiques flottent dans la poussière. A nos pieds, des fauteuils sont posés, sans dossier. En contrebas, la scène au sol troué est éclairée par les étincelles des arcs à souder. Dans cinq jours, le son des instruments remplacera celui des scies sauteuses. Mais, pour l’instant, un quarteron d’ouvriers s’affaire dans cette bulle torsadée située entre ciel et terre, à une quinzaine de mètres de hauteur.
D’une capacité de 2 400 places, la salle est oblongue. A l’image de la Philharmonie de Berlin, elle est enveloppante, esthétisante dans ses formes, séduisante avec ses couleurs blanc, beige, jaune, et sert d’écrin à l’orchestre installé en son centre. Les balcons volettent autour d’une fosse relativement à-pic. Ils ne sont pas accrochés aux murs mais reposent sur de grandes languettes, ce qui permet au son de circuler autour, pour, nous dit-on, une qualité optimale quelle que soit la place du spectateur, près de l’orchestre ou relégué 37 mètres plus loin, au dernier rang. Si, à l’usage, l’acoustique déçoit, la salle peut évoluer, explique Bayle : «Les six premiers mois, le résident [ici l’Orchestre de Paris, ndlr] sert de référent et explique ses sensations. Les renseignements sont croisés avec les avis d’invités. A la fin de la première saison, on y voit plus clair sur les modifications éventuelles.»

Boîte à chaussures de 3 650 places

La salle peut aussi se transformer : une paroi s’escamote et les sièges au sol s’ensevelissent sous le plancher, le lieu devient alors une «boîte à chaussures» de 3 650 places. Le tour de passe-passe prend la journée et est plutôt destiné aux concerts avec scène ou aux musiques amplifiées. Car, dans cette Philharmonie, on écoutera le pianiste Lang Lang, mais aussi Oxmo Puccino et son Alice au pays des merveilles.
La Philharmonie, Paris, le 14 janvier 2014.

La philharmonie est inaugurée par l'orchestre résident, l'Orchestre National de Paris dirigé par Paavo Järvi, ainsi que de nombreux solistes dont Renaud Capuçon (violon), Hélène Grimaud (piano), Sabine Devieilhe (chant).
Mercredi soir, Jean Nouvel était bien absent et Laurent Bayle, ému, l’a salué à distance. Il a aussi, entouré d’Anne Hidalgo et de François Hollande, loué «la permanence de l’engagement des pouvoirs publics». Charlie aussi était là. Dans le discours de la maire de Paris, contre «le fanatisme qui veut imposer le silence, que ce soit en Irak, au Nigeria ou dans les locaux de Charlie», «chaque mouvement d’une symphonie conjure le terrorisme». Dans celui du Président : «On peut assassiner des hommes et des femmes, on ne peut tuer des idées. Charlie vit et vivra.» Si l’histoire peut oublier un slogan du chef de l’Etat («le meilleur de la musique pour le prix d’une salle de cinéma»), elle se souviendra en revanche que la première standing ovation de cette Philharmonie fut pour Hollande : 2 400 personnes debout quand le Président a serré la main du Premier ministre avant le concert, dans une salle pimpante sentant encore la sciure de bois.
Paavo Järvi, le chef de l’Orchestre de Paris, a démarré la soirée par un rigolo Tuning Up de Varèse, mise en scène acoustique d’un accordage au finale tonitruant, avant de lancer Renaud Capuçon Sur le même accord de Dutilleux. Le violoniste star, toujours expressif, sautillait et scandait ses pizzicati comme s’il voulait gratter le manche de son guarnerius de 1737. Ovation.
La soprano Sabine Devieilhe et le baryton Matthias Goerne ont ensuite fait vibrer le Requiem de Fauré avec chœur et solennité, avant de laisser la place à Hélène Grimaud, de blanc vêtue, pour le Concerto en sol de Ravel. Evidemment, au début du deuxième mouvement, entre les notes mélancoliques du piano solo s’est glissée la sonnerie d’un téléphone. La bonne acoustique amplifie aussi, hélas, les mauvais bruits. Et soudain, au milieu du troisième mouvement, après deux éclairs frappés sur le clavier, Grimaud a tourné la tête vers le public. Pour la première fois. Elle a esquissé un sourire puis s’est lancée dans une nouvelle série d’axels avant une conclusion aussi abrupte que la battue de Järvi, tout en cassures, est sèche. Le troisième mouvement a été bissé. Puis entracte, sur un constat dubitatif : de la puissance, la salle en a sous le pied, c’est indéniable. Mais elle est aussi légèrement déséquilibrée dans les aigus. Caisse claire, cymbales et toux sèche frappent quand les basses sont en retrait. Tout cela n’est pas très grave.
Dans la seconde partie, l’Orchestre de Paris a remis les choses au point. Changement de configuration ou premiers émois de l’inauguration passés ? Tout s’est rééquilibré, les teintes et les timbres ont retrouvé leur territoire et nous avons pu assister à la création d’un magnifique Concerto pour orchestre de Thierry Escaich. Dynamique, houleux, éclatant : une œuvre blessée, meurtrie de coups et d’inquiétantes lacérations. Puis cette première soirée s’est achevée par la suite n°2 de Daphnis et Chloé, avec une aurore magnifique et une danse générale choquante de puissance et de détermination. Musiciens et choristes ont marché de concert sur la salle, les spectateurs étaient en leur empire. Ça promet.
http://www.liberation.fr/culture/2015/01/16/la-philharmonie-completement-a-l-est_1182250

L’inégalité devant le son

Ledevoir.com
Christophe Huss
16/01/2015


Photo : Charles Platiau Agence France-Presse


À l’image des représentations aviaires en aluminium qui ornent sa façade et ses salles de répétition, la Philharmonie de Paris est un drôle d’oiseau.
  Ceux qui se demandaient si les récents attentats parisiens allaient entacher l’ouverture de la Philharmonie de Paris, mercredi, n’ont pas tardé à s’apercevoir que l’atmosphère d’union sacrée régnant dans la capitale a plutôt servi les premiers pas d’un projet jusqu’ici vilipendé tous azimuts. Le président François Hollande, ovationné (c’est rare), n’a pas manqué de déclarer : « C’est la culture que les terroristes voulaient atteindre. »
  La direction de la Philharmonie insiste bien sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une salle de concert, avec des activités entre 20 h et 23 h, mais d’une sorte de « Beaubourg de la musique » accueillant salles de répétition, expositions (la première sur David Bowie…) et espaces éducatifs. La « main tendue » vers les nouveaux publics se fera aussi par la mise à disposition de 400 à 500 places à moins de 20 euros. Les revenus de billetterie compteront pour 50 % dans les recettes d’un budget annuel de 30 millions d’euros (42 millions de dollars), dont 7 millions pour le seul fonctionnement et entretien du lieu, selon les chiffres donnés au Devoir par Thibaud de Camas, directeur adjoint de la Philharmonie. Étrange, toutefois, cette idée de se départir du mot « Cité de la musique » pour en revenir à un concept dix-neuviémiste, à connotation élitiste, de « Philharmonie »…
  Les nuages
  Parmi les choses étranges entourant la Philharmonie il y a le volet acoustique. Longtemps un tandem composé du Néo-Zélandais Harold Marshall et du Japonais Yasuhisa Toyota a été crédité de l’acoustique. Mercredi, le nom de Toyota n’a même pas été évoqué : il avait encore plus disparu que l’architecte Jean Nouvel, très présent (et avec respect) sur toutes les lèvres malgré son ostentatoire absence physique.
  Harold Marshall, donc, pour une « nouvelle typologie de salle », qui n’adopte ni la forme « boite à chaussures » (Maison symphonique) ni la forme « terrasses de vignobles » (Philharmonie de Berlin) et visant « l’intimisme dans un grand volume » et la conjugaison « de la clarté du son et d’une longue réverbération ». Le seul modèle approchant existe à Christchurch en Nouvelle-Zélande. On comprend qu’à Paris le tandem Marshall-Nouvel a décidé de ce qu’était la nouvelle réverbération adéquate dans le répertoire symphonique… Interrogé sur la sensation inaccoutumée qui en résulte, l’acousticien responsable des opérations, Thomas Scelo, a répondu que « la réverbération n’est pas plus longue ; elle arrive plus tard » !
  Suspendue, asymétrique et entourée d’un espace, la Philharmonie n’est modulable qu’à travers une canopée centrale. Les chambres d’écho sont créées par l’espace derrière les balcons et de superbes nuages suspendus, qui invitent à l’élévation.
  Nouveau public, nouveau son
  Dans nos premiers contacts avec la salle, nous avons été frappés par une sensation inaccoutumée : loin d’être égalitaire, la spectaculaire Philharmonie de Paris, où seules 1000 des 2400 places ont un positionnement traditionnel par rapport à l’orchestre et au chef, offre une variété d’expériences sonores, chose carrément revendiquée par M. Scelo ! Peu nourri en graves derrière la scène ou au parterre, le spectre se comble avec plénitude sur le côté de l’orchestre, mais comme un mille-feuille, avec une expérience inouïe d’entendre non pas une salle de concert mais une prise de son multimicro. La salle pour des auditeurs qui écoutent la musique au casque ; c’est nouveau ! Plus on monte vers la chambre de résonance (haut des balcons), plus le son s’homogénéise et s’équilibre dans un sens « traditionnel ». Le grand défi des musiciens y sera de ne pas surdoser les bois et les vents. Mais pour quel « auditeur type » ; placé où ?
  La Philharmonie, qui compte comme ensemble en résidence l’Orchestre de Paris, l’Ensemble intercontemporain et Les Arts florissants, s’est ouverte mercredi par un concert-marathon de trois heures débutant avec Tuning up ! de Varèse, affichant notamment Hélène Grimaud dans le Concerto en sol de Ravel et comprenant la création mondiale d’un brillant Concerto pour orchestre de Thierry Escaich. Jeudi, Lang Lang était invité vedette dans le 1er Concerto de Tchaïkovski, le concert s’achevant par la Symphonie fantastique de Berlioz.

http://m.ledevoir.com/culture/musique/429119/philharmonie-de-paris-l-inegalite-devant-le-son

Tuesday, January 20, 2015

La Philharmonie orchestre avec maestria sa partition

Le Monde
Marie-Aude Roux
15/01/2015



C’est un grand soir pour la Philharmonie de Paris, le premier soir. Comme Jean Nouvel et son peuple migrateur d’oiseaux, nichés au sol et sur les toits, le mélomane qui traverse ce mercredi 14 janvier la place de la Fontaine-aux-Lions, dans la nuit étoilée d’une myriade de petites lumières bleues – ce marquage bienveillant des pistes d’aéroport –, croit lui aussi à l’envol par la musique.

L’inauguration du grand auditorium parisien est placée sous surveillance maximale. Portiques détecteurs de métaux, chiens policiers et services de sécurité en alerte. Les journalistes ont été priés d’être là bien avant l’heure officielle du discours de François Hollande, initialement prévu à 19 heures.

Le président de la République est arrivé avec presque une heure de retard et, sur le visage, la solennité qu’il affiche depuis les attentats meurtriers perpétrés il y a une semaine contre Charlie Hebdo, avant la prise d’otages à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, vendredi 9 janvier.

C’est d’ailleurs à quelques encablures de la Philharmonie, porte de Pantin, que les assassins ont réussi à donner le change momentanément aux forces de l’ordre lancées à leur poursuite.

Le discours du chef de l’Etat salue l’ouverture de ce lieu culturel « exceptionnel », le plus grand événement depuis l’Opéra Bastille en 1989, qui « sera sans doute un jour considéré comme le premier chantier du Grand Paris ».

Avant lui, la maire de Paris, Anne Hidalgo a souligné la haute pertinence « de ce lieu d’excellence dans un quartier populaire », cependant que le président de la Philharmonie, Laurent Bayle, rendait hommage au compositeur et chef d’orchestre, Pierre Boulez, qui a porté et soutenu le projet contre vents et marées depuis le début des années 1980. Son état de santé, devenu précaire à bientôt 90 ans, a rendu impossible qu’il assiste physiquement à cette réalisation tant attendue.
Le président de la République acclamé

Le planning du protocole annonçait le départ de François Hollande après la cérémonie mais c’est une longue salve d’applaudissements, public debout, qui accueille le président de la République, accompagné de Manuel Valls, au premier rang du premier balcon de l’auditorium. Le gala de l’Orchestre de Paris peut alors commencer.

Heureuse métaphore du vent républicain qui souffle sur la France ? Ce premier concert est entièrement dédié à la musique française, il est interprété de surcroît, fors le baryton allemand Matthias Goerne et le chef estonien Paavo Järvi, par des musiciens français. Une « union nationale » de la musique que souligne d’emblée le symbolique Tuning Up d’Edgard Varèse, courte pièce fondée sur l’accord des musiciens d’orchestre avant le concert, d’où émergent çà et là… sirènes de police et bribes de Marseillaise.

Baptême du feu musical


Lui succédera le non moins symbolique Sur le même accord qu’Henri Dutilleux (1916-2013) écrivit pour la violoniste Anne-Sophie Mutter, interprété ici par le magnifique Guarnerius del Gésu de 1737 de Renaud Capuçon. Plus prémonitoires encore, les quatre extraits du Requiem de Fauré, de l’« Offertoire » au « Paradisum », en passant par le « Pie Jesu » et le « Libera me ». Un recueillement de circonstance, porté avec cœur par le Chœur de l’Orchestre de Paris et la sobriété des solistes, la jeune soprano Sabine Devieilhe et Matthias Goerne. Un ange musicien passera ensuite : Hélène Grimaud tout de blanc vêtue s’incarnant en pianiste le temps d’un terrestre Concerto en sol de Ravel, dont elle se laissera convaincre de bisser le dernier mouvement.

Vue d'ensemble de la Philharmonie de Paris, le 14 janvier 2015. | REUTERS/CHARLES PLATIAU

Le temps d’un cocktail minute, le public reprend place pour la seconde partie du concert. Le président de la République, décidément gagné à la cause symphonique, s’est rassis pour assister à création mondiale du jubilatoire Concerto pour orchestre en quatre mouvements, de Thierry Escaich. Une bonne idée que d’avoir commandé au compositeur du fameux Claude,opéra d’après Victor Hugo sur un livret de Robert Badinter mis en scène par Olivier Py à l’Opéra de Lyon, cette partition admirablement écrite pour l’orchestre, à l’hédonisme séducteur.

Des musiciens galvanisés

Une parfaite mise en appétit pour la Suite n° 2 du Daphnis et Chloé de Ravel, emporté par la baguette flamboyante d’un Paavo Järvi coloriste à la tête de ses troupes instrumentales et chorales galvanisées. L’auditorium de la Philharmonie (2 400 places) vient de vivre sans démériter son baptême du feu musical, confirmant les espérances de son résident principal, l’Orchestre de Paris, ainsi que de ses auditeurs et commanditaires.

Dans l’après-midi, un coup de théâtre a pourtant failli gâcher la fête : Jean Nouvel a fait savoir, par une virulente tribune publiée sur Lemonde.fr, qu’il ne participerait pas à l’inauguration de sa salle. Inimaginable ! Envolé, l’oiseau ! Ne l’avait-t-on pas vu deux jours plus tôt, lundi 12 janvier, boire le champagne en compagnie des équipes de la Philharmonie et de son président, Laurent Bayle, à l’issue de l’émouvant « concert des casques », qui marquait la première rencontre de l’Orchestre de Paris avec son auditorium ? Cette pré-générale destinée aux ouvriers du chantier ainsi qu’aux valeureuses équipes de feu la Salle Pleyel et Cité de la Musique (rassemblées désormais sous l’unique bannière de la Philharmonie), Jean Nouvel l’avait honorée non seulement de sa présence mais d’un assez long discours liminaire. Il y parlait effectivement de l’inachèvement de son projet, de ses rapports tendus avec la maîtrise d’ouvrage, regrettant une ouverture prématurée à son goût. Mais rien dans la formulation et le ton ne laissait présager cette déclaration de guerre que d’aucuns considèrent déloyale, au moins dans sa forme.

Le « Guinness des records »

L’architecte avait en effet aussi évoqué l’achèvement de son œuvre à l’été 2015, formulant même des vœux pouvant faire office d’assentiment : « Nous sommes entrés dans des jours difficiles, mais malgré cela, nous allons essayer de figurer dans le Guinness des records », avait-il lancé, faisant allusion à la conception inédite de sa salle, « la première salle symphonique de ce niveau ».

A la position du maître d’œuvre esthète, soucieux de son œuvre, Laurent Bayle a répondu projet artistique et sociétal. Pour lui, la Philharmonie répond avant tout à une mission de service public. Plaident donc en faveur de son ouverture dès janvier 2015 l’impatience des musiciens résidents ou non, dont la programmation est bouclée depuis plus d’un an, le respect des publics à qui sont destinés les équipements, et surtout « le fait que chacun des espaces – bureaux, espaces pédagogiques, salles et studios de répétition, et bien sûr, l’auditorium – a été dûment réceptionné par les autorités compétentes, ce qui autorise leur utilisation ».

La « saga philharmonia »

Ce bras de fer s’ajoute à la liste déjà longue de la « saga philharmonia », un modèle du genre en termes de revirements multiples sur fond de guérilla politico-financière, dont la dernière ligne droite, si l’on peut dire, a mis les nerfs de tous à plus ou moins rude épreuve. Jusqu’au bout, les plannings ont dû être modifiés, les plages réservées aux essais acoustiques fondant comme neige au soleil au fur et à mesure que s’amoncelaient les retards sur le chantier. Idem pour l’Orchestre de Paris, certes fort content de sa salle de répétition, qui n’aura finalement eu accès à l’auditorium que deux jours avant l’ouverture.

Reste que la Philharmonie aura finalement le dernier mot : ce concert a confirmé nos premières impressions. Une acoustique chaleureuse, dont la belle réverbération ne nuit pas à la lisibilité de la musique. Avec la sensation inédite d’être plongé au cœur de la partition. Certains équilibres devront bien sûr être travaillés, celui entre l’orchestre et le chœur notamment, entre vents et cordes, ces dernières souffrant d’une certaine matité, entre aigus et graves, ceux-là manquant de présence. Mais les prochaines semaines devraient bénéficier des essais acoustiques qui n’ont pu être réalisés jusqu’alors.

Une sensation d’enveloppement


Il conviendra notamment d’ajuster la hauteur du canopy, ce réflecteur central en forme de soucoupe volante, capable de varier de 8 mètres à 16 mètres du sol, qui permet aux musiciens de s’entendre jouer, d’entendre les autres tout en percevant la « réponse » de la salle. Celle-ci, dotée de puissants réflecteurs, murs, parois des balcons et panneaux flottants appelés nuages, a été conçue pour donner à l’auditeur une sensation d’enveloppement, à la manière d’un énorme casque, la sensation de l’espace en plus. Elle a, en revanche, laissé peu de place aux matériaux absorbants : ce sont les sièges et les spectateurs qui en constituent les 80 %. L’expectoration d’une toux, le chuchotis ou le froissement d’une page tournée sans précaution sont donc particulièrement perceptibles.

Mais quel bonheur d’entendre un puissant tutti d’orchestre résonner sans la moindre saturation, avec le sentiment confortable d’avoir encore, comme on dit, de la marge. En fin de semaine dernière, nous avions rencontré les acousticiens de la firme néo-zélandaise Marshall Day Acoustics. Il y avait Christopher Day, son co-fondateur avec Harold Marshall, Peter Exton et Thomas Scelo, tous trois réduits à l’impuissance sous le regard compassionnel de leur collègue du Studio DAP, Federico Cruz-Barney, responsable de l’acoustique de la salle de répétition de l’orchestre. Plutôt confiants. Ils nous avaient fait remarquer qu’ils n’étaient pas là pour découvrir une acoustique mais pour vérifier son bon fonctionnement.
Dix-sept configurations acoustiques

L’élaboration du projet avait nécessité quelque trois longues années d’étude et le chantier a été suivi pas-à-pas grâce à la modélisation informatique d’une maquette de la salle construite au un dixième.

Restait à effectuer les mesures scientifiques destinées à prendre les repères acoustiques de la salle afin d’en faire la mise au point, avant de passer le relais aux musiciens. Ceux-ci devront apprendre à se servir de cet instrument de haute précision qui comprend pas moins de 17 configurations acoustiques différentes, à quoi s’ajoute le jeu d’éventail de leurs combinatoires.

La Philharmonie sera-t-elle « la plus belle salle du monde » ? Elle a en tout cas envoûté le président François Hollande resté, contre toute attente, jusqu’au bout du gala inaugural.

http://www.lemonde.fr/architecture/article/2015/01/15/la-philharmonie-orchestre-avec-maestria-sa-partition_4556737_1809550.html

Diapason d'or: Schumann : Symphonie no 4. Konzertstück…

Diapason
January 2015
Die Deutsche Kammerphilharmonie, Paavo Järvi
Le cycle Schumann de Paavo Järvi culmine dans la Symphonie en ré mineur, sur le qui-vive en permanence, aux antipodes des rumeurs et des abîmes de Furtwängler, éloquente et urgente.

Inaugural concert, Philharmonie de Paris — review

Financial Times
Francis Carlin
15/01/2015
An evening of sober musical excellence launched architect Jean Nouvel’s new structure
Exterior of the new Philharmonie de Paris concert hall©Charles Platiau/Reuters
Exterior of the new Philharmonie de Paris concert hall

Mind the cement mixer. Since building started in 2006, France’s ambition to provide Paris with a concert hall to rival Amsterdam’s Concertgebouw, Vienna’s Musikverein and, most importantly, Berlin’s Philharmonie, the building most music lovers will compare the new structure with, has had a troubled history. The €381m bill is double the initial estimate but no major project would ever get off the ground if sponsors were honest about the final amount. Still, given the already substantial delays and feuding over cost-cutting — the architect, Jean Nouvel, snubbed the opening and vented his spleen in Le Monde only a few hours before — would it not have been wiser to wait a few more months until everything was in place and the acoustics properly tested?

The hall itself is finished. More or less. And despite the strong whiff of 1960s eastern European aesthetics in the black and cream auditorium’s detailing, its asymmetrical vineyard structures are a relief after the forbiddingly grey exterior and soulless foyer areas.

In a slight affront to liberté d’expression, the official message to patrons is that the acoustics are excellent. French President François Hollande, who received an emotional standing ovation when he took his seat, described them later as exceptional. Perhaps so from his balcony vantage point — they are certainly an improvement on the Salle Pleyel, which, even after its last major makeover, still suffers from saturation problems — but my initial verdict from the stalls is that they are not yet in the same league as international benchmarks.

The sound was patchy, lacking in clarity in grand orchestral tutti and generally over-reverberant. The solo piano in Ravel’s G major concerto, despatched with thrilling verve by Hélène Grimaud, occasionally struggled to be heard and the low chamber strings in the Offertoire from Fauré’s Requiem sounded bizarrely as if twice as many musicians were involved. These birth pangs are only natural in a new hall, especially one that has rushed to respect its opening date. More when the engineers have finished testing and tweaking.

Musically, the evening was a display of sober rather than festive excellence, appropriately given the recent terrorist attacks. Paavo Järvi has turned the hall’s main resident, the Orchestre de Paris, into a crack formation with exciting attacks, often a weak point for French formations. Renaud Capuçon’s solo violin was poetically intense in Dutilleux’s short nocturne Sur le même accord and Sabine Devieilhe and Matthias Goerne were well nigh unbeatable in excerpts from the Fauré.

Sadly, the token new work, Thierry Escaich’s Concerto for orchestra, is a 30-minute pudding that gives everyone masses to do but at the expense of any memorable or original content — no competition for the Bartók work that pioneered the genre.
http://www.ft.com/intl/cms/s/0/fa0948fa-9ca4-11e4-971b-00144feabdc0.html

Eine neue Philharmonie in den Tagen des Terrors

Die Welt.de
Manuel Brug
15/01/2014

Acht Tage früher hätte Frankreichs Präsident einfach einen schönen, langersehnten Konzertsaal eröffnet. Jetzt weihte Francois Hollande die neue Pariser Philharmonie als stolzes Symbol der Kunst ein.
Zuerst zählt, wir sind schließlich in einer neuen Konzerthaus, die Akustik. Die ist grandios. Doch davon später. Denn die endlich, freilich genau eine Woche nach den islamistischen Terrormorden von Paris in der noch tief traumatisierten französischen Hauptstadt eröffnete Philharmonie, sie steht plötzlich und sehr richtig für etwas ganz anderes als nur für formidablen Orchesterklang.

Dieses Andere, es teilt sich, auch das ist ein Glück, auf der Dachterrasse des 380 Millionen Euro teuren Gebäudes mit. Das Luxus-Ufo von Jean Nouvel, dessen hässlich brutaler Dekonstruktivismus, der auch von 340.000 in fünf Aluminiumgrauschattierungen blinkernden Metall- und Betonfliesen als Außenhautverkleidung nicht abgemildert wird, gnädigerweise von hier oben nicht zu sehen ist, offenbart nämlich einen sehr sinnfälligen Panoramablick.

Der reicht an diesem tristen Januarmorgen, an dem die Stadt irgendwie immer noch Trauer trägt und in weit mehr Paris-Grau-Valeurs gehüllt scheint als sonst, von der meist zugestauten Peripherie-Autobahn und einen neuen Straßenbahnknotenpunkt über den aus allen möglichen (und leider unmöglichen) Baustilen zusammengefügten Parc de la Villette über die islamischen Migrantenaußenbezirke Aubervilliers und Saint-Denis, die alte Kunstmühle von Pantin, jetzt ein Bank-Hauptquartier mit 4000 Beschäftigten, bis zur Hermès-Zentrale samt Handwerker-Ateliers.
Die große, edle und ernste Musik

Jetzt, wo plötzlich der Himmel aufreißt und die Sonne blendend über den Pariser Hochhausgürteln am Horizont steht, erkennt man, ganz weit weg und spielzeugklein, zudem die Spitzen der berühmten Silhouette: die Tour Montparnasse, den Invalidendom, den Eiffelturm, Sacre Coeur und La Defense.

Ganz weit weg. Am reichen Rive Gauche und im noch reicheren Westen. Dort, wo im feinen 8. Arrondissement in der Rue Montaigne zwischen Couture-Flagship-Stores und 5-Sterne-Hotels die von einer staatlichen Bank betriebene Art-Deco-Ikone Théâtre des Champs-Élysees mit ihrem Gastspielreigen der Weltklasseklangkörper ragt. Und an der Rue Faubourg Saint Honoré 525 – außen ebenfalls Art Deco, innen nach der Renovierung 2006 akustisch optimiert, aber optisch verpfuscht – mit der Salle Playel, dem einstigen Demonstrationssalon des berühmten Klavierbauers, bis zu diesem Tag der Pariser Klassiktempel lag.

Das war einmal. Jetzt soll die große, edle und ernste Musik vor allem im 19. Arrondissement spielen. Für ein anderes, neues Publikum. Fast rund um die Uhr soll die neue Philharmonie offen sein, genauso wie hier jede Art von Klangerzeugung möglich sein muss. Und die Leute aus den Vorstädten, besonders auch die Migranten, sollen in dieses in jedem Sinn schrankenfreie Gebäude kommen, das von hinten aussieht wie ein versteinerter Haufen Elefantenkot und von vorn wie ein Plattenhaufen aus dem silberne Soße quillt.
Eine schöne Utopie?

Eine schöne Utopie? So will es jedenfalls der Staat. Und der, wir sind schließlich in Frankreich, schafft an – und bezahlt auch. Heute eben die Philharmonie de Paris. Schon Berlioz ersehnte sie, Pierre Boulez, der Pate des Pariser Nachkriegsmusikbetriebs, setzte sie schließlich durch. Allerdings mehr als 30 Jahre nachdem Valéry Giscard d'Estaing sie vorgeschlagen, Francois Mitterrand mit seinem Turbo-Kulturminister Jack Lang sie im 1983 begonnenen Parc de la Villette neben der Gusseisenhalle des ehemaligen Zentralschlachthofes als Cité de la Musique konkretisieren wollte.

1995 eröffneten hier freilich, situiert in Christian de Portzamparcs wie auch beim gegenüberliegenden Konservatorium grässlich aus der Mode gekommenem Quaderbruitismus, nur der Kammermusiksaal mit 900 Plätzen für das von Boulez gegründete Ensemble Intercontemporain sowie später das Musikmuseum. Denn 1989 bereits hatte Mitterrand lieber als zweites Haus der Opéra die Bastille-Oper zum 200. Revolutionsjubiläum eingeweiht – und gleich wieder geschlossen; denn das Monsterbauwerk war noch längst nicht fertig.

Der repräsentative, klangprächtige, international konkurrenzfähige Konzertsaal für Paris, der musste noch drei weitere Präsidenten und 20 Jahre warten. Am Ende wurde er, wir sind immer noch in der Grande Nation, natürlich ein Grand Project. Heftig umstritten, von Bauskandalen, Verteuerungen und Streitereien mit dem Stararchitekten wie den Geldgebern geschüttelt, kaum noch für möglich gehalten, vom Abbruch bedroht, aber schon zu weit fortgeschritten, schließlich realisiert. Dann allerdings doppelt so aufwändig, aber immer noch nur die Hälfte der Mittel der Hamburger Elbphilharmonie benötigend.


Foto: Philharmonie de Paris / Jean Nou Sturmgeschütz der Hochkultur: die neue Pariser Philharmonie
Ja, man muss sagen: Steht man jetzt bei der Probe des Hausensembles Orchestre de Paris mal im kurzen Parkett mit seinen schwarzglänzenden Sitzen, mal in einem der beiden schwarz und weiß oder mit naturlackiertem Holz verkleideten Ränge hinter und über den Orchester, schließlich in den scheinbar fliegenden, asymmetrisch gebogenen Logen über den indirekt beleuchtet die bumerangartigen gekrümmten oder zur zentralen Wolke geklupptem Akustiksegel hängen, es ist ein fantastischer Saal geworden. 2400 Besucher fassend und doch intim. Als formvollendet organische, fast eckenlos weich gerundete Mischung aus Schuhkarton- und Weinberg-Prinzip, den beiden von den Akustikern präferierten Formen.

Wie in einer Gebärmutter versinkt man darin kuschelig im weich abgefederten Klang. Der aber ist, auch am Abend, bei vollem Saal, warm und gleichzeitig klar, mit einem noblen, langen, dunklen Nachhall und trotzdem fein strukturiert und kristallin. Eben noch hat Paavo Järvi, der estnische Chefdirigent geschwärmt, wie gut sich auch die Musiker hören können, was hier nur für Differenzierungen im Spiel möglich sind. Dann proben sie unbeirrt vom Bohren und Hämmern der längst noch nicht fertigen Bauarbeiter im Saal das Konzert für Orchester von Thierry Escaich, eine wohlfeil aus zweiter Moderne-Hand klingende, 30-minütige Uraufführung.

Auch die anderen Künstler, Frankreichs Stargeiger Renaud Capucon, der ein kleines Henri-Dutilleux-Stück beisteuert, und der von Järvi hochgeschätzte deutsche Bariton Matthias Goerne, der mit der Sopranistin Sabine Devieilhe und dem natürlich vorkommen müssenden Chor des Orchesters Teile aus Gabriel Faurés Requiem innig berührend aufführt, sie sind einschränkungslos begeistert. Obwohl sie im Staub proben mussten, im Saal noch ganze Sitzreihen fehlen, die Außenhaut nicht fertig ist, überall Löcher und aufgerissen Wandflächen klaffen, hinter der Bühne Geröllhaufen liegen, in den fast atmungsaktiv sich verjüngenden und aufpumpenden Foyers die Deckenverkleidung aus tausenden Metallstreifen aufgehängt wird – und noch nicht einmal das Dirigentenzimmer bezugsfertig ist.
"Je suis Charlie"-Signum den Toten gewidmet

Dieses so weltlich abgeklärt Requiem das mit dem "In Paradisum" ätherisch zart verklingt, es stand schon vor dem schwarzen Mittwoch auf dem Programm, das jetzt einfach nur unter dem "Je suis Charlie"-Signum den Toten gewidmet ist. Genauso wie die Farbe der Philharmonie-Publikationen mit dem doppelt verschlungenen, auch zwei Flügeln von oben ähnelnden P schon Schwarz gewesen ist, bevor Francois Hollande wusste, dass er noch am Tag vorher an Polizistensärgen vorbeidefilieren würde.

Paris war nie wirklich eine Konzertstadt, und wenn, dann eine sehr snobistisch-konservative, mit elitärem Publikum und langweiligen Programmen. Was erst nach 1950 durch die gut vernetzten zeitgenössischen Komponisten wie durch die vielen hervorragenden, aber freien Barockensembles ein wenig besser wurde. Schon das Paris des 19. Jahrhunderts, war vor allem die Opernhauptstadt der Welt, Komponisten von Rossini bis Wagner, Meyerbeer bis Verdi wollten hier Karriere machen. Die tonangebenden Klangkörper sind, neben dem 1672 gegründeten Opernorchester, das unter seinem brillanten Chef Philippe Jordan seine Konzerttätigkeit gegenwärtig ausweitet, das Orchestre de Paris (seit 1967 existent) und die zum Rundfunk gehörenden Orchestre National de France und Orchestre Philharmonique de Radio France, 1934 bzw. 1937 ins Leben gerufen.

Und während an der Seine lange das Konzertleben in minderen Sälen vor sich hin lief, herrscht jetzt plötzlich Bauboom. Im November weihte Radio France ein neues Auditorium mit 1000 Plätzen in zwei für 32 Millionen Euro entkernten Studios ein; gegenwärtig ist auch Jean Nouvel dabei, auf dem Gelände des ehemaligen Renault-Werkes auf der Seine-Insel Seguin im Pariser Süden ein Kulturzentrum zu entwickeln, das ebenfalls einen Konzertsaal mit über 1000 Plätzen bekommt. Dort ist der japanische Akustikguru Yasuhisa Toyota eingebunden, der sich bei der Philharmonie schon früh zurückgezogen hatte und den Neuseeländern Marshall Day Acoustics das prima gemeisterte Klangfeld überließ. Auch der kranke, bald 90-jährige Pierre Boulez und der schmollende Architekt fehlten bei der Eröffnung.
Die Herkulesaufgabe von Laurent Bayle

Philharmonie-Direktor Laurent Bayle, schon lange systematisch als Boulez-Dauphin aufgebaut, muss nun eine Herkulesaufgabe schultern. Er hat nicht nur im, was Garderoben, Wegführung und andere Alltagsdinge betrifft, nicht sonderlich praktischen Zentralhaus den großen, erstaunlich wandelbaren und bis auf 3600 Zuschauer erweiterbaren Saal, den nobel mit Tageslicht ausgestatteten Probensaal und im Keller 15 mit allen multimedialen Finessen ausgestattete Education-Studios zu bespielen. Es gibt zudem eine mit der auch schon in Berlin gezeigten David-Bowie-Schau startende Wechselausstellungsfläche, einen Laden und zwei Restaurants.

Bayle wird hier zu moderaten Preisen (40 Euro Spitze) seine weiteres Hausensemble Intercontemporain sowie die assoziierte Barocktruppe Les Arts Florissants, das Orcheste de Chambre de Paris und das Orchestre National de l'Île de France, aber auch die besten ausländischen Orchester als Dauerfestival präsentieren. Er ist zudem für den jetzt als Philharmonie 2 laufenden Cité de la Musique-Saal verantwortlich und muss, als Schuldenausgleich, vier bis fünf Millionen Euro bei einem Pop-Promotor für die vermietete Salle Playel eintreiben, in der keine Klassik mehr stattfinden darf.

Das verschnupft natürlich die Stammklientel, die jetzt lange Anfahrtswegen zu Porte de Pantin, wohin auch die Jugend in die Zeltkonstruktion Zenith zu Rockkonzerten pilgert, in Kauf nehmen muss – ohne ihr gewohntes Restaurant- und Sozialumfeld. Ob die bisherigen Besucher kommen, ob neue generiert werden, das muss die Zukunft zeigen. Bisher ist Laurent Bayle mit einem 36 Millionen-Etat üppig ausgestattet, aber Frankreich ist nicht nur politisch und moralisch in der Krise, es wurde, nach politischen Rangeleien zwischen Staat und Stadt, auch schon wieder kräftig gekürzt.

Doch während Francois Hollande acht Tage früher einfach ein neues, lang erwartetes, akustisch sehr gutes Konzerthaus eingeweiht hätte und dafür nicht unbedingt schon beim Eintreten mit langen Standing Ovations begrüßt worden wäre, wurde die neue Philharmonie jetzt zu einem trotzig eröffneten Fanal der Freiheit im Namen der Kunst. Nicht nur spielte man am ersten Abend, wie lange geplant, nur französisch Werke, darunter noch eine ironische Einstimmübung von Edgar Varèse sowie Ravels jazziges G-Dur-Klavierkonzert (mit der quicken Hélène Grimaud) und dessen erste "Daphnis et Chloe"-Suite. Holland konnte mit voller Überzeugung am Ende seiner Rede sagen. "Vive la musique, vive l'art, vive la republique, vive la France!"

Und so lange das so patriotisch begeistert aufgenommen wird und so schön klingt, ist in der neuen Philharmonie de Paris alles gut.

http://www.welt.de/kultur/buehne-konzert/article136421577/Ein-Fanal-fuer-die-Freiheit-im-Namen-der-Kuenste.html

The Paris Philharmonie beats any concert hall in London

The Times
Richard Morrison
16/01/2015

In a week of funerals and post-mortems, France desperately needs a mood lifter. However, the question is whether the Philharmonie de Paris concert hall will provide it. After nine years of building, £316 million of spending and more crises and arguments than there are little aluminium birds studded in its exterior walls (that’s 340,000, if you’re interested), Paris’s new 2,400-seat concert hall opened for business on Wednesday with a gala attended by President Hollande, Anne Hidalgo, the formidable mayor of Paris — and, of course, a small army of armed police.
So the Philharmonie is finally open, but that doesn’t mean it’s finished. Jean Nouvel, its architect, boycotted the gala because he said the hall wasn’t ready. He wasn’t wrong. I would have politely overlooked the makeshift rows of audience chairs, numbered with bits of paper, that had been hastily plonked down where they had run out of time to install the plush stalls seats — except that the floor underneath was missing too. “It’s the world’s first wobbly concert hall,” said someone as we gingerly toed the temporary hardboard. And the first sticky one too. Some foyers were cordoned off because varnish was still wet.
For €390 million — almost twice the estimate — the city might at least have expected a solid floor. Yet President Hollande, whose government split the entire building cost with the city of Paris and the Région Île-de-France, was in no mood to be anything but upbeat, especially after the events of the past nine days. “Even German concert halls sometimes go over budget,” he quipped in a rousing speech where he proclaimed Paris to be the world capital of liberty, culture, music and just about every other human virtue.
The mood of the concert — given by the Orchestre de Paris, which will be the main resident ensemble — was also defiantly celebratory. Though it was dedicated to the “victims of terror” and included consoling extracts from Fauré’s Requiem, there was nothing mournful about the showy parade of Ravel and contemporary music that Paavo Järvi conducted.
Despite there being almost no time for acoustic tests and adjustments, the space seems gloriously resonant. And Nouvel’s interior, an asymmetrical flying-circus of audaciously curved balconies that appear entirely unsupported by the interior’s birch-clad walls, is breathtaking. You can see why its construction went three years over deadline.
The success of the opening gala will come as a relief to the Philharmonie’s management, which has endured years of hostile comment. The notion of building a great concert hall in Paris has been around for decades, but only in 2006 did it take flight. “It was you British that did it,” said Laurent Bayle, the Philharmonie’s president. “You won the competition to host the Olympics. We were devastated. Paris is a city that demands a new grand projet every ten years.”
Even by the fantastical standards of the Mitterrand-era grands projets, however, the cost and time overrun on the Philharmonie (which also includes a vast music-education centre and an art gallery) has been spectacular. Even more controversial, however, has been the decision to site the new hall in the Parc de la Villette, out by the ring road in the unfashionable northeast of the city.
That was done with good intentions: to attract new, younger audiences from the suburbs rather than rely on the wealthy middle-classes in the city centre. “The average age of Paris’s classical music audiences has gone up 12 years in two decades,” Bayle declares. “We have to find a solution.”
However, many loyal concertgoers are up in arms, not only about being made to travel all of five Métro stops from Gare du Nord to the new venue, but also by the decision to ban classical music from the much-loved art deco Salle Pleyel, Paris’s main classical venue for nearly a century. The authorities claim that there aren’t enough concertgoers to support both halls and that the Philharmonie must be given time to establish itself. However, thousands of Salle Pleyel regulars have signed a protest petition and the ban faces a legal challenge.
On our side of the Channel all this may seem faintly farcical. Yet Londoners in particular have no reason to be derisive. Even in its unfinished state the new Philharmonie looks and (more importantly) sounds like something London’s musicians and classical-music punters can only dream about: a world-class concert hall. For all the cosmetic (but expensive) “improvements” to the Royal Festival Hall, the Royal Albert Hall and the Barbican, they remain acoustically mediocre. That’s more than embarrassing. The lack of a hall in London remotely as good as those in Birmingham or Gateshead, let alone Berlin, Vienna and now Paris, is threatening London’s status as the world’s classical-music capital.
In Britain, of course, there is no question of funding a new hall completely out of public funds, but surely we could cook up something along the lines of the public-private partnership that enabled the Guildhall School of Music & Drama to acquire fine new performing spaces under penthouse apartments on a prime Square Mile site.
I know the perfect place for London’s new concert hall too. It’s the disused part of Smithfield Market, which now seems to be falling into dereliction following the government’s rejection of a redevelopment proposal last year and which will be close to the new Crossrail interchange at Farringdon. It would be churlish not to wish Paris good luck with its new Philharmonie, after everything that has happened — but I don’t want to be forced to jump on Eurostar if I want to hear London’s excellent orchestras playing in a decent hall.
http://www.thetimes.co.uk/tto/arts/music/classical/article4324425.ece

Uusi Philharmonie soi Sibeliusta – Paavo Järvi levyttää kaikki sinfoniat

Helsingin Sanomat
http://www.hs.fi/kulttuuri/a1421552666712?jako=573379f0e47cace9689db69aeabdbf12&ref=tw-share

Philharmonie de Paris : on en prend plein les esgourdes

Nouvelobs.com
Jacques Drillon
15/01/2015

Au-delà de la colère de Jean Nouvel et de quelques imperfections qui seront vite corrigées, la nouvelle salle fonctionne, et c'est une réussite !

La Philharmonie de Paris mercredi 14 janvier 2014. (Charles Platiau/AP/SIPA)  La Philharmonie de Paris mercredi 14 janvier 2014. (Charles Platiau/AP/SIPA)
Quoique inachevée, voilà la Philharmonie de Paris inaugurée. En grande pompe, par François Hollande et Anne Hidalgo, en présence de Manuel Valls, Fleur Pellerin, Jean-Paul Huchon, et autres ministres, en exercice ou non, accompagnés de moult messieurs en pardessus courts.
Cette inauguration, qui intervient alors que le bâtiment est encore en travaux (à l’intérieur comme à l’extérieur), a provoqué la colère publique de Jean Nouvel, son architecte, qui a brillé par son absence. On peut le comprendre : que le public essuie les plâtres, passe, mais encore faut-il qu’il y ait des plâtres. Au lieu de quoi des drapés de tissus gris perle cachent les misères encore à vif, le béton est brut, les engins sommeillent…

Chaud, accueillant, sonore

Et pourtant la salle proprement dite est prête, elle fonctionne. Une partie des espaces pédagogiques aussi, avec leurs milliers d’instruments de musique, car le projet de la Philharmonie est très largement axé sur la formation, les enfants, les adolescents, l’ouverture vers les musiques actuelles, extra-européennes. C’est une énorme machine, dans laquelle la salle de concerts n’est qu’un élément.
Même en l’état, le bâtiment a une allure folle, avec cette espèce d’empilement de strates inégales, inclinées, ses pentes, ses parties brillantes ou mates. Et la salle aussi : profusions de balcons aux formes souples, ondulées, ses courbes grasses, et ces longues lames légèrement vrillées qui pendent du plafond, ces lignes qui en prolongent d’autres ou s’arrêtent brusquement : une salle éclatée, mais tout entière serrée autour de la scène centrale. Une grande salle, de 2.400 places, modulable, dont une partie peut s’escamoter dans les murs, prête pour toutes les musiques. Une grande salle qui aurait l’atmosphère d’une petite, tant elle est chaude, accueillante, sonore.

Vivement les symphonies de Bruckner !

Car les plâtres sont aussi acoustiques, en quelque sorte. Et Nouvel ne l’ignore pas. Il aurait préféré que les réglages se fassent avant l’ouverture. Mais grâce à l’Orchestre de Paris, ses chœurs, un violon solo (Renaud Capuçon), un piano solo (Hélène Grimaud), des chanteurs (Sabine Devieilhe et Mattias Goerne), on a pu constater que, à la manière d’un jeune garnement pas encore policé, le "fond est bon". Toute la salle vibre avec l’orchestre, le son prend possession de l’énorme cubage d’air sans distorsion, même dans les fortissimos les plus fracassants. Qu’on soit près ou loin (on n’est jamais très loin), on en prend plein les esgourdes. Vivement les symphonies de Bruckner !...
La réverbération est confortable, encore qu’on la rêve un peu plus longue : le capital de précision est immense, et l’on pourra en sacrifier un peu. Certes, pour l’instant, les graves sont légèrement privilégiés, et le piano, un peu paresseux, met du temps à répondre. La voix soliste s’épanouit avec générosité, mais sa directivité est encore instable. Au cours des mois qui viennent, cent mises au point viendront rectifier ces imperfections.
Le bâtiment est là pour les siècles à venir ; il a de toute évidence été pensé comme un ensemble de classe internationale, au profit du public d’une capitale – mais aussi d’un public de quartier. Pantin est là, tout proche, l’accès au nouveau parking souterrain se fait directement du boulevard périphérique, on pénètre dans la Philharmonie de mille façons, à mille hauteurs, avec le sentiment qu’elle nous appartient… Pendant tout le week-end, les portes seront ouvertes, les concerts gratuits, et les visites possibles… Un jour Jean Nouvel viendra, "apaisé", comme a dit François Hollande en souriant, et constatera que son œuvre est une réussite totale.

http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20150115.OBS0016/philharmonie-de-paris-on-en-prend-plein-les-esgourdes.html

Ouverture de la Philharmonie de Paris

Gobuz
André Tubeuf
16/01/2015
L'Orchestre de Paris sur scène (© Charles Platiau / AFP)
L'Orchestre de Paris sur scène (© Charles Platiau / AFP)
Bon, alléluia, ou cocorico, selon la religion de chacun. La Philharmonie est inaugurée à la date annoncée. Il n’y a plus qu’à espérer qu’elle marche, et paye en musique bien faite ce qu’elle coûte forcément à tant d’autres destinataires possibles dans la Culture, qui n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Et ne ménageons pas nos raisons d’applaudir. C’est beau, c’est grand, c’est loin aussi. Tout ça, on le savait. Et on savait aussi que l’Orchestre de Paris est en très bonne forme. Il n’en est que plus dommage que Paavo Järvi doive précisément le quitter. Un si grand vaisseau, si cher à gréer, à équiper, puis à faire fonctionner maintenant ! Si c’est au nom de la Musique qu’il a été fait (mais est-ce ? Le nom en tout cas a disparu, alors qu’il était flagrant dans la ci-devant Cité), alors la sagesse, l’action continue d’un capitaine, qui sait ce qu’il veut, où il va, est la chose premièrement vitale. Imagine-t-on que la Philharmonie de Berlin aurait été concevable sans Karajan ? La Halle aux Grains sans Plasson ? Nos décideurs ne voient qu’architecture, c’est du solide (croient-ils). Ils ne pensent pas aux entraîneurs, eux qui sont la vie. Se sont-ils demandé ce qui dans cette affaire est en jeu, et risque d’en faire les frais, à force de jouer sur les lieux, s’opposer les générations, de ne jurer que par l’Avenir ? Qu’ils sortent des rangs et lèvent le doigt, ceux qui dans la quantité de non-décideurs qui ont décidé un projet mégalomaniaque (au fond, Landowski plus Boulez devenus un seul grand machin modulable) et l’ont baptisé au champagne ces 14 et 15 janvier, oseront nous dire les yeux bien en face qu’ils l’ont fait pour la Musique. Hélas, ce n’est pas d’aujourd’hui. Nerval déjà disait à propos de la Madeleine que la République s’empresse de dresser à Dieu des temples qui pourront servir à autre chose quand on aura cessé de croire en lui. Qui, ici, croit à la Musique ?  Est-ce un temple à elle, où l’on grimpe comme à une pyramide aztèque ? Ou mausolée peut-être ?

Philharmonie de Paris, 14 janvier 2015 (DR)
Philharmonie de Paris, 14 janvier 2015 (DR)
Qu’on se le dise, en tout cas la salle de concert est flatteuse, vaste, commode avec ses gradins, on y est bien assis, ce qu’on ne peut pas dire de bien d’autres, up to date pourtant. Confort physique, et confort acoustique. On va baigner dans la musique, le son symphonique est à l’aise ici, et respire. On va entendre des Danses Polovtsiennes précisément faites pour que ressortent les couleurs de l’orchestre, ses diaprures, ses contrastes, et cela ressort, avec une finesse, une lisibilité qui ne nuisent pas à la consistance du son. On avoue n’avoir en revanche guère goûté Lang Lang dans le Tchaikovski qui a suivi. Puissance, fracas, et pas mal de vanité ensuite dans du pianissimo en contraste. Mais comme va le montrer Schumann en bis, rien qui chante, pas de timbre propre. Du minéral, ou couleur muraille. Mais l’ovation éclatait déjà après le premier mouvement. Alors, pensez, à la vraie fin ! Le tonnerre !!
Mais enfin, c’est parti. On a repéré dans des mains discrètes des affichettes où se lisait : Je suis Pleyel. Vains regrets ! Un public ne voulant surtout pas manquer une inauguration a loué pour ce soir, des mois en avance, et le voilà charmé, converti, enthousiaste. Très bien. Mais qu’il revienne, alors ! Qu’il aime sa Philharmonie au quotidien, et pas seulement pour le baptême au champagne du premier jour. Elle en aura besoin.
http://blogs.qobuz.com/andretubeuf/2015/01/16/ouverture-de-la-philharmonie-de-paris/

Jean Nouvels Vogel-Fels

Neue Zürcher Zeitung
Marc Zitzmann
16/01/2015
 
Mit der neuen Philharmonie von Jean Nouvel verfügt nun auch Paris über einen den Anforderungen entsprechenden Konzertsaal. (Bild: PD)
 
Zu weiten Teilen noch im Bau, wurde der langerwartete Musikkomplex im Pariser Nordosten am 14. Januar eröffnet. Sein Konzertsaal ist ein schwebender Traum mit vielversprechender Akustik.
Es ist ein Saal, der Assoziationen an Veloursleder weckt, an das luxuriöse Understatement geschwungener Art-déco-Möbel, an die Zauberwelt der Nixen. Er vermittelt einen Eindruck von Komfort, von Grosszügigkeit ohne Ostentation, von Fremdheit, die nicht verunsichert, sondern fasziniert. Der Saal von Jean Nouvels Philharmonie de Paris, die am 14. Januar eingeweiht wurde, ist ein architektonisches Wunderwerk von einschmeichelnder Weichheit. Gleich einem mentalen Raum in Samttönen versetzt er den Geist des Konzertgängers in einen wohligen Schwebezustand und erzeugt so eine mehr lockere als verkrampfte Aufmerksamkeit. Man lauscht der Musik mit entspannten Nerven und hellwachen Neuronen.

Forcierte Frühgeburt

Das eminent plastische Aussehen des Saals verdankt sich der Anordnung der Sitzreihen und Balkone in langgezogenen, weich verformten Waben rund um die Bühne. Die Horizontalität wird durch stilisiert wolkenartige Reflektoren, die von der Decke hängen, noch verstärkt, erhält durch die rundgeschliffenen, durchweg asymmetrischen Formen aber etwas Fliessendes und zugleich Dynamisches. Nichts hier ist eckig, selbst die breiten Sitze weisen zugleich schlichte und elegante Kurven auf. Von dem vergleichsweise strengen Konzertsaal des KKL Luzern, der dem Schuhschachtel-Prinzip gehorcht, unterscheidet sich der dem Weinberg-Modell der Berliner Philharmonie folgende Pariser Saal grundlegend. Doch auch der grosse Saal von Nouvels Konzerthaus in Kopenhagen wirkt, wiewohl derselben Typologie verpflichtet, kantiger; seine ebenfalls terrassenförmig um die Bühne herum angeordneten Balkone schneiden kristallartige Zacken, wo jene in Paris zu Schwaden zerfliessen.
Als Meister der Farb- und Materialgebung hat Nouvel sich hier selbst übertroffen. Grundton ist das Crèmeweiss der Gipswände und -decke, von dem sich das Tiefschwarz der samtenen Sitze, hölzernen Balkon-Ummantelungen und Trennwände im Rücken der Zuhörer abhebt. Je höher der Saal, desto leuchtender: Das Schwarz wandelt sich in ein blondes Gelb; indirektes Licht erlaubt es zudem, die weissen Flächen in kräftige Farben zu tauchen. Von hohem Reiz ist der Kontrast zwischen der matten Textur der Gipswände und dem glänzenden Lack des Holzes. Letzteres übernimmt die unregelmässigen Stanzmuster von Ersteren, wendet sie aber sozusagen ins Positive: Aus Löchern werden reliefartige rechteckige Ausbuchtungen.
Spektakulär wirkt, dass sämtliche Balkone sich von den Wänden abheben, mit denen sie durch Brücken verbunden sind. Hinter den schalenartigen Trennwänden im Rücken der Zuhörer entsteht so ein zweiter Hohl- und Resonanzraum, der das Saalvolumen auf stolze 30 500 Kubikmeter anhebt. Mittels Vorhängen und eines höhenverstellbaren Schallreflektors kann die Akustik angepasst werden. Auch ist es möglich, die Ränge unter der Orgel abzubauen, die Bühne dorthin zu verlegen und so das Parterre zu vergrössern. Oder aber dieses in ein Stehparterre zu verwandeln, was das Fassungsvermögen von 2400 auf 3650 Zuhörer erhöht. In einer Orchesterprobe, bei der man von einem Platz zum andern wechselte, wirkte der Klang klar und körperhaft, bestach zugleich aber durch einen weichen, warmen Nachhall.
Freilich ist der Saal – wie der ganze Bau – noch in einem Mass unvollendet, das weit über französische Usancen bei Neueröffnungen hinausgeht. Nouvel, der für eine Einweihung im Herbst plädiert hatte, blieb dem Eröffnungsabend demonstrativ fern. Und protestierte harsch: In den letzten Jahren seien Entscheide ohne ihn gefällt worden, das heutige Erscheinungsbild der Philharmonie, das ein «cost killer» mitverantwortet habe, sei eine Mischung aus Pfusch und Sabotage. Es werde viel Zeit und Aufwand brauchen, die Folgen dieser forcierten «Frühgeburt» zu korrigieren.

Ein Haus für Orchester

Von aussen gleicht der Komplex, dessen Fassade und dessen begehbare «Dachlandschaft» vielerorts noch im Bau sind, einem zerklüfteten Felsen. 340 000 stark stilisierte Aluminium-Vögel in sieben Grössen und vier Grautönen tapezieren den Bau, Vorplatz und monumentale Zugangsrampe inbegriffen. Sie evozieren einen Vogelflug, wirken im Winterlicht aber wie ein Tarnkleid: Die Konturen verfliessen, zumal matte und spiegelnde Flächen alternieren, was den Komplex vexierbildhaft entmaterialisiert – ein typisch Nouvelscher Effekt. Im Innern umgeben den Saal auf drei Niveaus Gänge mit Foyer-Funktion, die hier breiter, da schmaler werden, den Schwung der Balkone auf ihre ondulierenden Decken übertragen und entlang streifenförmiger Fensterfronten Ausblicke auf den Vorplatz des Parc de La Villette bieten.
Hier erblickt man auch die benachbarte Cité de la musique von Christian de Portzamparc. Ursprünglich sollte dieses 1995 eröffnete «Centre Pompidou der Musik» neben seinen zwei 650 bis 1400 bzw. 250 Zuhörer fassenden Sälen auch einen grossen Konzert- und sogar einen Opernsaal enthalten. Letzterer wurde an der Place de la Bastille erbaut, Ersterer fehlte Paris seit je. Im Gegensatz zu ausländischen Metropolen (und sogar zu Provinzorten wie Dijon, Grenoble, Metz und Poitiers) entbehrte die Lichterstadt bis jetzt eines modernen Auditoriums mit erstklassiger Akustik.
Die Philharmonie behebt dieses Manko. Und bietet überdies dem Orchestre de Paris endlich wieder ein festes Zuhause. Nicht nur werden dessen Musiker dort proben und all ihre hauptstädtischen Konzerte geben, sie verfügen auch über zwei grosse und vier mittlere Probesäle sowie zehn Studios zum Üben allein, zu zweit oder zu dritt. Nachgerade luxuriöse Räumlichkeiten, die sie mit vier «residierenden» oder «assoziierten» Ensembles teilen werden, von denen zwei ebenfalls ihre Büros vor Ort haben: das von Thomas Zehetmair geleitete Orchestre de chambre de Paris und William Christies Barockensemble Les Arts Florissants.

Boulez' Traum erfüllt sich – zu spät

Die Philharmonie bietet nicht nur Konzerte, sondern auch ein reiches Begleitprogramm für Musikliebhaber «von 7 Monaten bis 107 Jahren». Etwa eine 12-teilige Einführung in die zeitgenössische Musik, eine Schau über David Bowie in dem 850 Quadratmeter grossen Ausstellungssaal oder Schnupperkurse zu klassischen Streichinstrumenten, baskischem Gesang oder E-Gitarre. Der neue Musikkomplex teilt mit der Cité de la musique, mit der er noch heuer rechtlich fusionieren soll und deren Equipe um Laurent Bayle sein Programmkonzept entworfen hat, die Neugier für nichtklassische Musiken jeder Couleur. Auch darin dürfte er sich vom Théâtre des Champs-Elysées abheben, das unter den Pariser Konzertsälen nunmehr den konservativen Gegenpol bildet.
Ist das Ganze tragfähig? Laurent Bayle gibt sich gelassen: La Villette und Umgebung seien sozial stark durchmischt, befänden sich aber im Aufschwung – und in 15, 20 Jahren womöglich gar im Herzen des «Grand Paris». Unverantwortlich wirkt indes, dass die Pariser Stadtverwaltung, die – gleichberechtigt mit dem Staat – das Projekt zu 45 Prozent trägt, kurz vor der Eröffnung ihren Beitrag zum diesjährigen Betriebsbudget verweigert hat. Für 2015, hiess es, fehlten der Stadt infolge einer «brutalen» Senkung der staatlichen Dotationen 400 Millionen Euro, folglich müsse sie den Rotstift ansetzen. Immerhin hat sie inzwischen 6 der versprochenen 9 Millionen Euro zugesagt. Aber das ursprüngliche Betriebsbudget der Philharmonie lag bereits unter jenem der Cité de la musique (35 Millionen Euro), was knapp bemessen schien. Nun sind es noch einmal 3 Millionen Euro weniger – keine idealen Startbedingungen!
Jean Nouvels Vogel-Fels ist wohl das letzte «grand projet» in Frankreich: Die öffentlichen Kassen sind jetzt definitiv leer, auf Jahr(zehnt)e hinaus. Womöglich noch trauriger stimmt freilich, dass der geistige Vater des «Centre Pompidou der Musik», der 89-jährige Pierre Boulez, zu geschwächt ist, um den Saal, für den er seit den 1970er Jahren gekämpft hat, in Augenschein zu nehmen.
http://www.nzz.ch/feuilleton/musik/jean-nouvels-vogel-fels-1.18461951

Orchestre de Paris, Philharmonie de Paris, review: 'elegant eclecticism'

The Telegraph

15/01/2015
4 out of 5 stars
Philharmonie de Paris: the inaugural performance
Philharmonie de Paris: the inaugural performance Photo: CHARLES PLATIAU
 
In the great tradition of French grands projets, the Paris Philharmonie opened last night with a glittering display of political grandstanding, endlessly flowing champagne, and an unabashed assertion of French cultural values. The Philharmonie is the long-awaited centrepiece of the Cité de la Musique, touted as the largest musical complex in the world. Clustered on the north-eastern edge of town, hard by the roaring traffic of the Périphérique ring road, the Cité contains a conservatoire, several medium-sized performance spaces, and a museum of musical instruments. Towering over them, like some inscrutable silvery, snaking totem is the new Philharmonie.
It’s been a desperate rush to finish the building designed by Jean Nouvel on time, and it shows. There’s chipboard underfoot in some areas and no hand-dryers in the loos. But the result is a wonder, with the architect’s typical mix of playfulness and severity. Along the corridors, forests of black metallic stalactites undulate tipsily above one’s head. Inside the auditorium the balconies dip and curve like ski slaloms, and clusters of wing-shaped panels float in whimsical clusters from the ceiling.
It has cost a fortune – €390 million to be exact, around three times the original budget. But as President Hollande said in his pre-concert speech, what does a few million matter when culture is at stake? Nothing unites a French audience quite like an appeal to their country’s great cultural heritage, and Hollande seized his chance, linking this grand opening to the terrible events of January 7. Those terrorists want to close down the life of the mind, he told us. They divide people, whereas culture unites. No nation is better placed to assert the power of culture than France, home of the Enlightenment. Parched and weary though the audience was (Hollande was somewhat delayed, having come hotfoot from a French aircraft carrier), it was visibly stirred.
As Hollande was whisked away by his minders, the champagne arrived, and the thirsty haut monde jostled around the bar like camels at an oasis. Then out we stumbled into the jet-black corridors, and eventually into the brilliant, white‑and-cream auditorium.
What followed was a long, cunningly contrived concert from the Orchestre de Paris, conducted with unobtrusive elegance by Paavo Järvi. Four movements from Fauré’s Requiem, in which the orchestra was joined by its own choir and two fine soloists Sabine Devieilhe and Matthias Goerne, provided the reassuring continuity with the French tradition. Henri Dutilleux’s mini-violin concerto Sur le même accord, and a brand-new Concerto for Orchestra from Thierry Escaich gave us chic French modernism. Ravel’s Daphnis et Chloé and Piano Concerto, the latter played with electrifying brilliance by Hélène Grimaud, provided the link between the two. Escaich’s concerto was a brilliant but overstuffed compendium of ear-tickling modernist gestures, which borrowed shamelessly from Ligeti’s Piano Concerto, among many other things.
One could hardly imagine that the grand maître of French modernism, Pierre Boulez, would approve such eclecticism. He was the guiding spirit behind the Cité de la Musique but this concert, which focused on the more sensuous side of modern music, gave notice that his era is passing. There are new, more urgent priorities. Beyond that Périphérique lie Paris’s poor suburbs and the sullenly rebellious banlieues. The Philharmonie’s directors are determined to reach those people, which is why the building is located in such an unfashionable part of town.
The prize is proving that classical music really is a universal gift of European civilisation; the danger is losing the rich audience that has traditionally been classical music’s mainstay in Paris. It’s a huge gamble, which we must hope they win.
http://www.telegraph.co.uk/culture/music/classicalconcertreviews/11348594/Orchestre-de-Paris-Philharmonie-de-Paris-review-elegant-eclecticism.html

Thursday, January 15, 2015

Paavo Järvi ja Pariisi orkester avasid uue Pariisi filharmoonia kontserdimaja

delfi.ee
Madis Vaikmaa
14 jaanuar 2015

Paavo Järvi
Paavo Järvi
Foto: Martin Dremljuga

Pariisi orkester Paavo Järvi juhtimisel avas täna õhtul uue Pariisi filharmoonia kontserdimaja. Tähtsat sündmust austas oma kohalolekuga ka Prantsusmaa president François Hollande.

Avakontserdil esitati maailmakuulsate solistide abil prantsuse muusika paremikku. Järvi juhtimisel kanti muuhulgas ette Gabriel Fauré reekviem ning Maurice Raveli klaverikontsert G-duur ja osa balletist „Daphnis ja Chloë". Solistidena astuvad avakontserdil üles pianist Hélène Grimaud, viiuldaja Renaud Capuçon, sopran Sabine Devieilhe ja bariton Matthias Goerne.

Telekanal Artele antud intervjuus ütles Järvi, et ta oli esiti väga mures saali akustika pärast, kuid proovi käigus selgus, et akustika soe ning kaja on paigas. „Fortissimo kõlab mitte lihtsalt valjult, vaid rikkalikult," ütles Järvi.

Lisaks William Christie barokkorkestrile hakkab uues saalis resideerima Pariisi orkester, mille peadirigent Järvi praegu on.
Uue kontserdimaja rajamist on saatnud vaidlused nii selle arhitektuuri kui ka asukoha osas - uus maja ei asu Pariisi kesklinnas ning arhitekt Jean Nouvel'i käekiri on stiililt kõike muud, kui klassikaline. Pariisi filharmoonia 2400 istekohaga saali kujundamisel on võetud eeskujuks Berliini filharmoonia ja Los Angeleses asuv Walt Disney kontserdisaal.


http://www.delfi.ee/news/paevauudised/eesti/vaata-otse-paavo-jarvi-ja-pariisi-orkester-avasid-tana-uue-pariisi-filharmoonia-kontserdimaja?id=70565215

Paavo Järvi dirigeerib täna Pariisi tippsündmusel

Postimees
14 jaanuaru 2015
Täna õhtul juhatab Paavo Järvi (vasakul) kontserti maailma ühes kallimas kontserdimajas – 381 miljonit eurot maksma läinud Pariisi filharmoonia uhiuues kontserdimajas, mille avakontserdil Paavo Järvi astubki dirigendipulti. 2400 istekohaga kontserdimaja ehitamist hakati kavandama juba 1960. aastatel.
Pariisi filharmoonia maja projekteeris

Jean Nouvel (pildil koos Järviga).
Pariisi filharmoonia maja projekteeris Jean Nouvel (pildil koos Järviga). Foto: fotod: frédéric desaphi (orchestre de paris)

Maja projekteeris Jean Nouvel (koos Järviga ülal), kelle looming on näiteks ka kontserdisaalid Luzernis Šveitsis ja Kopenhaagenis ning omal ajal väga palju vaidlusi tekitanud ümberehitatud Lyoni ooperimaja. Ka täna avatava kontserdimaja ehitamine pole läinud vaidlusteta, sest arhitekti lennukas käekiri ei sobi kõigile.
Avakontserdil esinevad koos Pariisi orkestriga, mille peadirigent on Paavo Järvi, maailmakuulsad klassikalise muusika pianistid Hélène Grimaud (Prantsusmaa) ja Lang Lang (Hiina). Ent varsti tuleb Järvil endal Pariisist Jaapanisse kolida, sest teda ootab juba peadirigendi koht Tokyos.

http://kultuur.postimees.ee/3055123/paavo-jarvi-dirigeerib-tana-pariisi-tippsundmusel

La Philharmonie de Paris: is this a new musical and social future for Paris?

The Guardian
Tom Service
15 January 2015

The controversial concert hall might not have been quite finished and its architect might have elected to stay away from the opening concert, but it still sounded amazing, reports Tom Service 
 

A general view of the new Paris Philharmonie concert hall in Paris, Wednesday, Jan. 14, 2015. The Philharmonie, a multi-level concert complex whose main hall seats 2,400 on sweeping balconies surrounding the centre stage, took eight years and 386 million euros ($455 million) of public money to build -- a budget three times its initial estimate.
The multi-level concert complex seats 2,400 on sweeping balconies surrounding the centre stage. It took eight years to build, and at 386 million euros, cost three times its initial estimate. Photograph: Charles Platiau/AP
The first sound heard in the new Philharmonie de Paris at its opening night gala on 14 January was applause: a sustained and spontaneous ovation for François Hollande and his retinue as they took their seats in the balcony of Jean Nouvel’s surreally imaginative interior, an asymmetric assemblage of gigantic floating panels, clouds and boomerangs, of crazily diverse surfaces, colours, and acoustically adjustable geometries and movable seating and stage configurations, all nested within an outer shell whose chaotic lines and curves are covered in 340,000 geometrically tessellating metallic and concrete birds. Mind you, where I was sitting, there was also exposed MDF, chipboard, half-painted flooring, and chair numbers written on Post-it notes. Nouvel – the architect who didn’t attend the opening of his own €390m project - was right: the Philharmonie simply wasn’t fully ready by the time this inaugural audience took their seats.
Not that it seemed to matter: that applause symbolised the Parisians’ desire to make this concert hall mean more than the sum of its sumptuous but unfinished parts. Most hadn’t heard Hollande’s and the mayor of Paris Anne Hidalgo’s uplifting speeches earlier in the evening (which delayed the concert by nearly half an hour), movingly connecting the Philharmonie as a cultural and musical catalyst with France’s response to the terrorist attacks last week. Yet there seemed an implicit understanding, even before a note was played by the Orchestre de Paris, conducted by their music director Paavo Järvi, that the Philharmonie must represent more for the city than simply a place where classical music happens. Instead, the building and its programme is intended to be a sounding board of social, cultural and political resonances. There will be an ongoing programme of education and outreach projects; so much a fabric of musical life in the UK, these are new initiatives in France, and the Philharmonie must also encourage classical music’s conventional audience out to the north-east of the city, away from the cosseting delights of the centre-ville. (That’s not straightforward either, as the fracas over the new use of the Salle Pleyel, Paris’s previous blue-riband venue for orchestral music, reveals.)
But the €390m question is: what does the hall sound like, with its “new typology” of acoustic space for a concert hall, according to the acousticians Marshall Day, floating the entire auditorium inside a reverberating chamber of extra volume? (Another reason Nouvel stayed away: he said there hadn’t been enough acoustic testing of the hall before its public opening.) In short: pretty stunning. I can’t remember a new hall sounding this good or this characterful at its opening, despite the fine-tuning that will no doubt happen over the coming weeks. There is a combination of dazzling clarity and generous depth in the sound that makes the whole range of orchestral possibility feel like a vivid physical presence, from the ethereal delicacies of the all-French programme – the magical flute solo in the Second Suite from Ravel’s Daphnis and Chloé, or the intimate piano solo at the start of the slow movement of Ravel’s G major Concerto, played by Hélène Grimaud – to the huge tuttis, such as the end of Daphnis, brilliantly realised by Järvi, or even the noisy note-spinning of the evening’s world premiere, Thierry Escaich’s Concerto for Orchestra.
If the other 2,399 seats are as good as the one I was sitting in, I think that the Philharmonie could be one of the most dynamic and exciting places to hear orchestral music in the world - as well as the most fun simply to sit in, thanks to the combination of intimacy and imagination of the interior.
And while the programme sometimes had the feel of an over-stuffed celebration, not least because the concert didn’t finish until nearly midnight, there were moments of ravishing quality and inspiration. The evening opened with Edgard Varèse’s deliriously but violently funny Tuning Up, a parody of pre-performance orchestral doodling, which turns, in Varèse’s hands, into a series of chaotic explosions; there was violinist Renaud Capuçon’s passionate advocacy of Dutilleux’s Sur le même accord, and most memorably, there was the emotional power of Fauré’s Requiem. This most humanist of all Requiems (planned on the programme for months, incidentally) was a moment that quietly but radiantly transfigured grief into radiance, above all in the singing of the two soloists, baritone Matthias Goerne and soprano Sabine Devieilhe, as well as the Choeur de l’Orchestre de Paris.
The bigger questions about the Philharmonie’s success as cultural project won’t be answered for years, but if the opening concert and the range of the forthcoming programme are heralds of what’s to come, Paris has what could be one of the finest acoustics for orchestral music anywhere, and a centre for year-round musical and educational activity that creates a new vision of the relationship between music and society in France. It has been more than three decades since Pierre Boulez first dreamed of such a genuinely accessible, flexible space for symphonic music: despite the dramatic overspend, the squabbling and the still unresolved Parisian musical politics, France may finally have got it.
  
http://www.theguardian.com/music/tomserviceblog/2015/jan/15/la-philharmonie-de-paris-new-musical-social-future-paris