Saturday, June 16, 2007

CONCERT REVIEW: Orchestre de Paris

Salle Pleyel, Paris
30 May 2007

Sibelius : concerto pour violon (Lisa Batiashvili, violon)Chostakovitch : symphonie n°7
Le concerto de Sibelius donnait des signes avant-coureurs très positifs tant était délicieuse la couleur de l’orchestre. Lisa Bathiashvili tire de son violon un son plein et charnu, magnifique dans l’aigu, bouleversant dans le grave… mais elle adopte un parti pris stylistique qui ne me convainc pas : ce n’est pas la brume qui se dissipe lentement au-dessus des pinèdes finlandaises que son jeu évoque, mais plutôt une fête tzigane autour d’un feu de joie. Sa manie de transformer les notes pointées en doubles voire triples points est agaçante.
Je n’hésite pas à parler de génie pour décrire le festin musical auquel nous a ensuite invité Paavo Järvi. Sa lecture de la septième de Chostakovitch, dont j’ai accumulé une petite vingtaine d’enregistrements, mérite tous les qualificatifs que j’avais utilisés il y a trois mois au sujet de cette autre œuvre de Chostakovitch, et bien d’autres encore. Enfoncé, Mariss Jansons. À plusieurs pieds sous terre.
Järvi nous présente une vision d’une clarté, d’une intensité, d’une cohérence époustouflantes. Le propos est tellement abouti qu’il relève presque de la révélation mystique. Le chef estonien n’hésite pas à étirer beaucoup les tempi mais, ce qui produit chez Eschenbach un résultat proche de l’affectation ou de la prétention construit au contraire avec Järvi une tension dramatique parfaitement gérée, jamais relâchée, qui traverse le discours de part en part comme un fil rouge.
Et l’orchestre ! En état de grâce, il répond avec une plasticité étonnante à toutes les inflexions du maestro. Les bois sont tous plus fascinants les uns que les autres. Les cuivres répondent au quart de tour, dans un ensemble immaculé.
On se laisse porter, haletant et fasciné. On pleure, on frissonne. On vérifie du regard auprès de son voisin que l’on n’est pas seul à avoir l’impression de vivre un moment exceptionnel. On se laisse porter jusqu’aux mesures finales dans une transe de bonheur. Et on se dit que la vie est belle.

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