Monday, February 02, 2009

Samuel Pisar

Samuel Pisar, 79 ans, partage sa vie entre ses cabinets de Paris, Londres et New York. Partout, cet ancien collaborateur du président John Fitzgerald Kennedy et essayiste multiplie les sorties au concert. Mercredi 4 février, il ira Salle Pleyel écouter Paavo Jarvi diriger l'Orchestre de Paris. "J'avoue d'emblée que c'est ma femme Judith qui a choisi d'aller au concert de l'Orchestre de Paris, Salle Pleyel, le 4 février. Elle a longuement présidé l'American Center à Paris, après avoir été directrice de la musique de la Brooklyn Academy et directrice de la compagnie du chorégraphe Merce Cunningham. C'est elle qui a introduit dans ma vie la joie, ainsi que quelques géants de la musique contemporaine : Leonard Bernstein, Seiji Ozawa, Henri Dutilleux, John Cage... Lorsqu'elle m'a emmené écouter Stockhausen la première fois, nous avons frôlé le divorce... Mais je continue à lui faire une confiance totale.

Ce concert m'intéresse particulièrement. D'abord nous sommes des inconditionnels de l'Orchestre de Paris (comme de l'Orchestre national de France, d'ailleurs). Mercredi, nous aurons l'occasion d'entendre Paavo Jarvi, son futur directeur musical, et successeur de Christoph Eschenbach. Ce qui m'attire surtout vers ce concert et d'une manière intensément personnelle et subjective, c'est la thématique du programme. Arvo Pärt, d'abord. Je le connais très peu mais son Canto à la mémoire de Benjamin Britten, qui lamente la mort de ce dernier en 1976, me fascine. Sa démarche me rappelle l'impact de la disparition de Leonard Bernstein, en 1990, sur moi-même et ma résolution d'écrire, comme il me l'avait demandé, un nouveau texte pour sa Troisième Symphonie kaddish.

Ensuite, Benjamin Britten, au coeur de l'oeuvre de Pärt, et qui est aussi au programme, avec son Requiem. Il fait, en quelque sorte, partie de ma vie. Récupéré des décombres de l'Allemagne d'après-guerre par la branche française de ma famille, j'ai été reconstruit, après un passage initial à Paris, dans le monde anglo-saxon. Britten était donc forcément une présence dominante dans ma modeste culture musicale d'après-guerre : à la fois l'adolescent qui a perdu comme moi ses deux parents, mais aussi l'homme dégoûté par la violence et qui voulait sauver l'humanité. Et, finalement, la Messe en ut mineur, de Mozart, la troisième oeuvre au programme.
C'est aussi un peu la même chose : la musique qui se confronte à la société ou à la politique. Mozart l'a écrite pour tenter de hâter le rétablissement de Constance Weber, sa future épouse, alors gravement malade. Je l'ai déjà entendue, bien sûr, mais comment résister à un tel chef-d'oeuvre."
http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/01/31/samuel-pisar-avocat-international_1149067_3246.html

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