Sunday, May 22, 2011

Gustav Mahler Symphonie n°2

Classics TodayFrance.com
by Christophe Hus

GUSTAV MAHLER
Symphonie n° 2

Natalie Dessay (soprano); Alice Coote (mezzo)
Orfeón Donostiarra, Orchestre symphonique de la Radio de Francfort
Paavo Järvi
Virgin Classics- 2 CD 694586 0(CD)
Référence: Mehta (Decca); Fischer (Channel)

Auriez vous imaginé un jour la rencontre, dans la 2e de Mahler, de la force primitive du premier enregistrement de Zubin Mehta (avec Vienne chez Decca) et de la mise en place méticuleuse de Tennstedt? Moi pas. Surtout pas sous forme de prestation aussi efficace.

Je le concède: la Résurrection de Paavo Järvi s'adresse a priori davantage aux neurones qu'aux récepteurs d'adrénaline. Mais son miracle (qui peut ne pas toucher certains auditeurs - et, apparemment les chroniqueurs anglais se font un devoir de ne pas être touchés... ce qui est généralement très bon signe!) est que de l'éblouissement intellectuel naît le frisson.

Contrairement aux Bruckner de Paavo Järvi, que je trouve assez génériques et lourds, Mahler bénéficie d'une vision très déterminée (ceux qui ont vu l'un des premiers concerts à Paris du chef - une 6e de Mahler - au Châtelet il y a plus de dix ans en ont eu un avant-goût). Le parti pris est de faire entendre le plus de choses possibles; de parvenir à une d'éloquence de la couleur.

Pour arriver à ces fins, Paavo Järvi bénéficie du concours des ingénieurs du son, qui nous donnent ici, techniquement, l'un des meilleurs disques EMI-Virgin de tous les temps dans le répertoire symphonique: on dirait du Decca des grandes années! L'optique sonore est clairement celle d'un disque (vs. l'image sonore de concert) et d'un univers sonore où est mis en relief ce qui doit l'être (la harpe à la fin du IV et au début du V), où les timbales frappent et où les graves sont bien découpés (ex. sous l'appel des cors avant l'entrée du chœur). EMI avait déjà fait très fort dans cette optique et esthétique avec certains enregistrements de l'intégrale Sibelius de John Barbirolli.

En général, les chefs adeptes de la radiographie polyphonique dans Mahler perdent le sens du mouvement, de la structure ou tendent à s'appesantir. Rien de cela ici. Järvi n'englue pas les thèmes féminins comme Tennstedt. Il trouve aussi la juste pondération des tempos des mouvements II et III, malgré une légère tendance à poser ses effets. Partout les trouvailles dans les alliages sonores font dresser l'oreille. Jamais ils ne sont coquetterie.

La partie vocale est excellente. Alice Coote, plus claire que les grandes contraltos, donne une tonalité très humaine à l'Urlicht, dont l'orchestre reste un protagoniste majeur. Natalie Dessay chante bien et juste, contrairement à nombre de ses consoeurs dans cet emploi ingrat et sa voix se marie bien à celle de Coote. Le chœur Orfeón Donostiarra peut compter sur les vraies basses 2 nécessaires et gère bien la justesse et les pianissimos.

On allait allègrement vers le 10/10, jusqu'aux 9 dernières minutes (partition: du chiffre 37 à la fin) où, en proie à je ne sais quelle excitation, l'esprit logique de Paavo Järvi commence à connaître quelques failles. Malgré mon admiration presque sans bornes pour les 75 minutes qui précèdent, je ne peux attribuer un 10/10 à une 2e de Mahler dont les derniers instants ne me satisfont pas.

Cela commence à dérailler dans le passage orchestral avant l'entrée "O Glaube" de la mezzo. Mahler demande des "a tempo" et "nicht schleppen" (ne pas traîner) que le chef gère mal et avec trop de retenue. Il y a ensuite le "Bereite dich" des hommes du chœur, où les ténors d'airain basques auraient vraiment eu besoin d'un polissage pour éviter la testostérone d'arènes qui n'a rien à faire ici. Le reste (à partir de "O Schmerz, chiffre 44) est une sorte de tournoiement étrange. Le duo "O Schmerz" (sans presser - Nicht eilen) va trop vite, le "Mit Flügeln" du choeur aussi (Langsam demande Mahler !!!) ce qui mine les gradations Etwas drängend (en pressant un peu) et les balances "piu mosso vs. Ritenuto" qui s'ensuivent. Indépendamment de toute "liberté d'interprète", je ne vois pas la logique de cet étrange agencement rythmique à contre-partition.

Quel dommage! Jusque là cette version était l'égale de Mehta-Vienne.

http://www.classicstodayfrance.com/review.asp?ReviewNum=3650

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