Tuesday, May 06, 2014

L’Orchestre de Paris & Nicolas Angelich jouent Brahms: du caractère, de la présence et de la prestance

TLC
Marie Charlotte Mallard
25/04/2014

Cette semaine l’Orchestre de Paris consacrait ses deux concerts à Johannes Brahms, accompagnant le pianiste Nicolas Angelich sur les Concerto pour piano n°1 et 2 et donnant la Symphonie n°1 en ut mineur, op 68. Nous étions ce jeudi au concert  et nous sommes délectés d’un spectacle éblouissant de force, de précision et de justesse. Brahms nous apparut fait pour l’Orchestre de Paris et nous n’eûmes qu’une envie, en demander encore !
En prélude l’orchestre donnait l’Ouverture pour une fête académique, op 80 d’où se dégage solennité, grandiloquence auquel se mêlent de-ci de-là facétie et accents populaires. A peine l’ouverture fut-elle commencée que l’on note le son feutré de l’orchestre puis plus loin sa majesté. Une richesse qui nous laissait ainsi présager du meilleur pour la suite de la soirée.
De Nicolas Angelich l’on apprécie particulièrement sa sensibilité et son touché d’une délicatesse extrême. Profondément habité, prenant d’immenses respirations, soufflant les notes une à une même dans les traits les plus véloces, le musicien n’a de cesse à chaque prestation et qu’importe le répertoire de nous élever, de nous accrocher puissamment à ses doigts. Le concert de ce soir ne dément pas ce constat.
Le Concerto pour piano n°2, en si bémol majeur, op 84 de Brahms est éminemment virtuose, et là où la pièce revêt un aspect singulier et attachant, c’est que bien que le piano soit voué à un rôle virtuose, il n’est néanmoins pas érigé en roi. Plus qu’un simple concerto c’est une œuvre symphonique à part entière. L’orchestre est autant acteur, puissant, et emporté, que l’instrument soliste. Capable d’amener son instrument vers des pianississimo abyssaux à peines audibles, comme dans des fortississimo agressifs sans jamais marteler ou brutaliser le clavier, Nicolas Angelich nous livre ce soir encore une prestation unique. Peu de choses à dire, les notes coulent si facilement, oscillant entre douceur cristalline et caractère affirmé tandis que l’Orchestre de Paris est dirigé par la poigne affirmée et déterminée de Paavo Järvi qui ce soir semblait nager comme un poisson dans l’eau dans ce répertoire. Aimant à mettre en lumière puissance orchestrale, richesse des timbres et des couleurs, il marque fermement le rebond, dessine clairement les contours laissant chanter les solistes et mesurant les nuances, pour mieux mettre à jour l’architecture et édifier ce concerto symphonique comme on bâtit une cathédrale. Orchestre et soliste dialoguent attentivement, comme en témoignent les passages solos du cor au premier mouvement ou du violoncelle au troisième, qui soit dit en passant nous donna la chair de poule tant la couleur chatoyante et automnale de son chant fut bouleversante. Nicolas Angelich et l’orchestre se portent et s’inspirent l’un et l’autre, se transmettent couleurs et sentiments avec aisance et agilité. Ainsi, l’unité qui crève la scène rend la prestation d’autant plus appréciable, chaque musicien est pleinement investi, aussi, à chaque fin de mouvement nous eûmes l’envie d’applaudir. Subjuguant, captivant de bout en bout, le Concerto n°2 de Brahms enflamma la salle qui applaudit à tout rompre les musiciens. En bis, Nicolas Angelich interprétera comme à son habitude un extrait des Scènes d’enfants de Schumann.
Après la pause, l’orchestre donnait la Symphonie n°1 en ut mineur, op 68 de Brahms que nous attendions impatiemment. Le musicien mit longtemps à se décider à l’écrire, de peur de se confronter au maître Beethoven. L’œuvre est d’ailleurs très inspirée et marquée par cet héritage, en témoigne la robustesse qu’elle exulte, symbolisée dès l’entrée par le martèlement appuyé de la timbale. Que dire si ce n’est qu’elle fut l’apothéose d’une soirée déjà bien commencée. Pour ce qui est de montrer la grandeur, la force on sait que Järvi est l’homme qu’il nous faut, mais tout l’intérêt était aussi d’éclairer l’interprétation en mettant en avant son héritage: celui de Beethoven comme celui d’Haydn également. Le chef joue avec le nuancier mais surtout avec le tempo afin de faire ressortir de l’architecture de la pièce les fondements musicaux dont s’est s’inspiré le compositeur. Une démarche confirmant ainsi les qualités narratives de Paavo Järvi. Tout se déploie naturellement, les paysages harmoniques se créent sous la baguette tantôt sèche et emportée, tantôt souple, aérienne et moelleuse notamment au second mouvement, du maestro estonien. Un mouvement dont on retiendra la délicatesse, la brillance et la légèreté du chant du hautbois auquel s’oppose le chant plus tendu des cordes. Le dernier mouvement sera tout bonnement éclatant, extraordinaire de caractère, d’énergie et brillant de robustesse.
Inutile de préciser que ce fut une ovation salle Pleyel. En bis, l’Orchestre de Paris donnera la première des Danses Hongroises de Brahms. De bout en bout, tout au long des deux heures de concert, l’orchestre a su nous embarquer dans l’univers de Brahms, à aucun moment l’attention du spectateur ne retomba.
Le concert du 23 Avril donnant cette fois le Concerto pour piano n°1 en ré mineur op 15 de Brahms et la symphonie n°1 est à revoir sur ici, sur concert.arte.tv.

 http://toutelaculture.com/musique/classique-musique/live-report-lorchestre-de-paris-nicolas-angelich-jouent-brahms-du-caractere-de-la-presence-et-de-la-prestance/

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