Wednesday, January 23, 2008

Beethoven par Paavo Järvi, le choc dont on ne se remet pas




Here is another brilliant review!
20 janvier 2008
par Bertrand Balmitgere

Encore un nouveau cycle des symphonies de Beethoven direz-vous ! C’est vrai qu’ils sont légions ces dernières années, avec plus ou moins de succès. On peut citer Abbado par deux fois (DG et Euroarts en DVD), Rattle (Emi), Norrington (Hänssler), Vanska (Bis), Pletnev (DG), Drahos (Naxos), Haitink (LSO live), Skrowaczewski (Oehms), la liste serait encore bien longue. Car depuis que la nouvelle édition Barenreiter de ces œuvres par Jonathan Del Mar a vu le jour, tout le monde à cherché à innover, le premier fut, à grand renfort de publicité à ce sujet David Zinman (Arte Nova), non sans une certaine réussite.

Alors que pouvait-on espérer d’un nouveau cycle par Järvi? Et bien qu’il nous surprenne tous ! Qu’il nous prouve que même dans ces symphonies archi-connues, on peut encore et toujours aller plus loin, s’émerveiller de couleurs, de détails jusque là jamais vus et entendus. C’est en cela que Järvi se montre novateur, pour ne pas dire précurseur. Tout semble avoir été savamment calculé, Järvi a une ligne directrice et il s’y tient.

Le premier coup de génie tient dans le choix de l’orchestre, une formation à effectif réduit, la Deutsche Kammerphilarmonie de Brême. Réduit dans les effectifs, tout au plus une quarantaine de musicien, mais pas dans le talent ni dans la sonorité. Pour avoir assisté au cycle complet lors du festival de Strasbourg en juin 2007, cette formation a un son assez surprenant. C’est tendu, puissant, mais pas sans nuances, bref idéal pour de telles symphonies, surtout pour l’optique dans laquelle les place Järvi.

Le chef a pour lui la jeunesse, un œil neuf, mais surtout beaucoup de suite dans les idées. Sa démarche est plus que claire, donner un Beethoven, léger, vif, limpide, puissant, et en un mot fulgurant, tout cela sans omettre de conserver l’esprit des œuvres, et là est la prouesse. Trop de chefs ont cherché à « dégraisser » les symphonies de Beethoven, pour au final en faire du Mozart voir du Haydn bis. A quoi bon ? Autant à ce compte là en rester à Karajan ou Furtwängler. Non Järvi est le premier à avoir réussi la parfaite synthèse entre la filiation Mozartienne et l’avant-gardisme romantique de Beethoven. De Mozart il a donc la grâce, la beauté et la légèreté, et du romantisme, la fougue, parfois la fureur et cette force inébranlable de la musique. Des deux enregistrements récemment parus, celui de l’Eroica, couplé avec la huitième, en est le plus parfait exemple. Quel torrent de lave que le premier mouvement de l’héroïque ! C’est un flux torride que rien ne saurait arrêter, irrésistible. Nous ne sommes pas prêt d’oublier notre première audition de ce disque, une vraie révélation. L’impression de redécouvrir cette œuvre. Une fois que le voyage commence le reste de la symphonie semble trop court, tellement on aimerait en profiter plus. Dieu merci, la huitième symphonie est là pour prolonger le plaisir. Et quel plaisir ! Car le miracle est permanent, il se prolonge au-delà de la seule troisième. On est bercé tantôt dans Haydn, tantôt dans le Beethoven qui annonce déjà la symphonie chorale. L’esprit de l’œuvre est là, honnêtement nous ne connaissons pas de huitième plus aboutie que celle-ci, hormis celle de Karajan datée de 1977, dans son légendaire cycle. On pourrait en dire tout autant pour l’héroïque d’ailleurs.

Pour ce qui est des symphonies du deuxième enregistrement, comprenant les n°4 et7, ne nous répétons pas, car les qualificatifs seraient les mêmes que pour le premier disque. Järvi réédite l’exploit, démontrant que son propos peut s’adapter à des œuvres plus dramatiques comme la septième, ce qui augure de très bonnes choses pour la suite du cycle qui s’annonce déjà. Pour conclure, nous nous garderons bien de noter, de juger ou pire de jouer au jeu des comparaison plus longtemps car en tant qu’amoureux de la musique de Beethoven comme vous en somme, nous nous contenterons de laisser parler notre cœur ici, et celui-ci dit que Järvi est ce que s’est fait de plus enthousiasmant dans Beethoven depuis le cycle d’Abbado avec les Berliner Philharmoniker à Rome (Euroarts). Pour avoir parlé et sympathisé avec Paavo Järvi, lors de ses concerts strasbourgeois, il a très clairement exprimé ce souhait de libérer Beethoven du poids de la tradition qui l’a parfois rendus trop lourd, trop pesant. Järvi lui a donc rendus ses ailes.

Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Symphonies n°3 en Mi bémol majeur Op.55 « Eroica » et n°8 en Fa majeur Op.93 ; Symphonies n°4 en Si bémol majeur Op.60 et n°7 en La majeur Op.92
Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
Paavo Järvi, direction
2 SACD RCA 82876 845182 et 88697 156202, enregistrement en studio à Berlin 2004-2006.

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