Monday, March 02, 2009

Musique symphonique--Orchestre de Paris

Paris. Salle Pleyel. 16-X-2008. Claude Debussy (1862- 1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune ; Serge Prokofiev (1891- 1953) : Concerto n° 2 pour violon et orchestre en sol mineur op. 63 ; Béla Bartok (1881- 1945) : Concerto pour orchestre Sz116. Roland Daugareil, violon. Orchestre de Paris, direction : Paavo Järvi.

Il suffit de peu finalement pour trouver le chemin de l’excellence. Juste un homme. Après la rencontre de l’Orchestre de Paris avec Rafaël Frühbeck de Burgos qui n’avait pas porté toutes ses promesses, ce soir, avec Paavo Järvi, son chef promis, c’est plus qu’une entente : une alchimie.

Du Prélude à l’après-midi d’un faune, Järvi ose un poème, façonnant la matière brute avec délicatesse. Celle-ci se pare d’ombres et de lumières, colorée et sobre à la fois. Très vite, le merveilleux s’empare de l’auditoire, grâce à la patience, la souplesse et l’écoute renouvelée des musiciens. Tous les pupitres sont sollicités avec la même exigence, la même présence musicale et tous s’appliquent au caractère. L’élasticité du discours est exemplaire et laisse aux protagonistes une grande liberté (individuelle et collective).

Dans Prokofiev, la pâte savoureuse de Roland Daugareil, violon solo de l’orchestre, associée à un lyrisme candide et ravissant, fait merveille. L’accompagnement (difficile) intuitif et rigoureux lui permet de communiquer avec les différents pupitres et déployer un phrasé généreux avec une palette sonore riche et chaude (Stradivarius Txinka). Sa forme technique est remarquable (intonation particulièrement assurée), confirmée par un bis d’Ysaÿe, pittoresque et fuyant comme l’Aurore…

Avec le Concerto pour orchestre de Bartók, la complicité entre l’orchestre et le chef s’accentue, tout comme la confiance mutuelle. L’ensemble est débridé mais étonnement discipliné. Le geste énergique, éclatant de Järvi obtient des résultats exceptionnels : vraies ruptures d’atmosphères, nuances suivies à la lettre, cordes emportées (nostalgie vibrante de la pastorale magyare de l’Intermezzo interrotto), clarté dans les passages ardus (cohésion du fulgurant Presto final), dosage irréprochable de l’harmonie…

Les idées convaincantes et structurées d’une direction superbe semblent avoir ravivé, au cœur de cette formation, une petite flamme. Peut-être bien celle de son identité, indissociable de celui qui prouve avoir déjà pour elle un plan d’avenir.

http://www.resmusica.com/article_5889_musique_symphonique_orchestre_de_paris_paris_transfigure.html

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