Sunday, June 28, 2020

Le Requiem de Brahms in situ de Paavo Järvi

ResMusica
Patrice Imbaud
28.06.2020

Pour célébrer le 150e anniversaire de la création du Requiem allemand, dans sa version initiale de 1868, Paavo Järvi revient à Brême à la tête de son orchestre de la Kammerphilharmonie, associé au Chœur d’État de Lettonie, pour une interprétation d’une lumineuse et fervente austérité.

Plus immanent que transcendant, terriblement humain, se nourrissant de consolation plus que de rédemption ou de résurrection, le Requiem allemand de Johannes Brahmsest une œuvre paradoxale par son mélange de modernité textuelle (Bible de Luther sans référence à une quelconque liturgie) et son relatif conservatisme musical (influences de Bach et Schütz notamment). Brahms le créa, dans sa version initiale en six mouvements, le 10 avril 1868, à Brême. Au mois de mai de la même année, il ajouta le 5emouvement « Ihr habt nun Traurigkeit » consolidant l’architecture et l’équilibre de l’œuvre, autorisant ainsi sa création dans sa forme définitive le 18 février 1869 à Leipzig.

Rarement interprétation aura été portée par une symbiose aussi étroite entre orchestre et chœur. Paavo Järvi y maintient, comme à son habitude, une dynamique tendue sur un tempo juste, animée d’une austère et lumineuse ferveur, sans mièvrerie, favorisant contrastes et nuances, ce dont témoigne la douce émergence du chœur au sein des sonorités graves (pédale d’orgue, cordes graves et cor) dans le I. Le propos s’anime et se creuse ensuite dans le II, le phrasé devient plus tourmenté tandis que la dynamique s’intensifie jusqu’au crescendo parfaitement amené, soutenu par des timbales rugissantes. Matthias Goerne prend alors la parole pour la poignante supplication « Herr, lehre doch mich, dass ein Ende mit mir haben muss », chantée, ce soir, avec autant de théâtralité que lors de son précédent enregistrement avec Daniel Harding (CD Harmonia mundi). On apprécie, une fois encore, la beauté du timbre, la souplesse de la ligne, les aigus filés et l’ambitus étendu de son admirable baryton. « Wir lieblich sind deine Wohnungen » fait, quant à lui, la part belle au chœur, splendide et irréprochable, et à l’orchestre dans une communion annonçant la félicité de la vie céleste, exaltée par l’émouvante intervention de Valentina Farcas dont le timbre chaud (bien différent du timbre diaphane de Christiane Karg dans l’enregistrement de Daniel Harding) donne à sa prière « Ihr habt nun Traurigkeit » une sincérité profonde. Plus orageux, chargé de colère et d’effroi dans l’évocation du Jugement dernier « Denn wir haben hie keine bleibende Statt » évoque le Dies Irae de la liturgie catholique, avant de laisser place ensuite à l’apaisement de la consolation.

Si la camera n’apporte que peu de choses, la prise de son claire, échappant à toute réverbération excessive, comme c’est souvent le cas dans les grandes nefs des édifices religieux, mérite tous les éloges. Un beau témoignage!

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