Wednesday, August 01, 2012

Paavo Järvi et Hans Rott le génie fauché


Resmusica.com
Pierre-Jean Tribot
Le 19 juillet 2012

Hans Rott (1858-1884) : Symphonie n°1 en mi majeur ; Suite pour orchestre (premier enregistrement mondial). Frankfurt Radio Symphony Orchestra, direction : Paavo Järvi. 1 CD RCA. Référence : 886919631920. Enregistré en 2010. Notice de présentation en : allemand et anglais. Durée : 59’38.


Peu à peu, les œuvres de Hans Rott sortent du purgatoire de l’oubli. Fauché à 26 ans dans le fond miteux et moisi d’un asile psychiatrique, le génial jeune homme laisse une poignée d’œuvres très personnelles et marquées du sceau du génie. Admiré par Mahler et encouragé par Bruckner, Rott s’était heurté au mur du refus. Même Brahms, de sa haute stature avait balayé, d’un sévère revers de la main, son unique Symphonie, renvoyant cet auteur incompris à ses études. La santé mentale du musicien ne se releva jamais de cette série d’échecs.

Redécouverte à la fin des années 1980, dans les collections de la bibliothèque nationale autrichienne, cette Symphonie connaît ici son cinquième enregistrement et de loin le meilleur. Bien que composée lors de ses années d’études, la symphonie témoigne certes de l’influence de Wagner et de Bruckner, mais elle montre aussi un sens naturel du brio orchestral et ses alliages instrumentaux. La difficulté réside pour le chef à trouver une voie juste entre le sens de la mobilité des thèmes et la gestion d’une masse orchestrale très impressionnante qui ne demande qu’à sonner. Dennis Russel Davies et l’orchestre de la radio de Vienne étaient tombés dans ce piège (CPO) d’une lecture bruyante. Le charisme percussif de Paavo Järvi emporte cette partition dans un tourbillon brillant et maîtrisé. Le chef estonien impacte plus l’orchestration qu’il ne cherche à souligner l’ampleur des tuttis. Sa direction se fait altière et bondissante mais n’écrase pas les dynamiques restituées avec un respect des gradations. C’est stylistiquement parfait et l’orchestre de la radio de Francfort sonne avec l’éclat et les couleurs requises. Aucun des autres interprètes de cette partition : Weigle-Arte Nova, Segerstam-Bis, Samuel-Hyperion ne peut rivaliser avec l’intelligence artistique de Paavo Järvi, ni avec la plastique séduisante de son orchestre.

En complément, Paavo Järvi et ses forces de la Hesse enregistrent, en première mondiale, la belle Suite pour orchestre.

Ce disque est sans contestation la meilleure porte d’entrée à cet univers.

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