Friday, June 24, 2016

Paavo Järvi et l'Orchestre de Paris… ce n'est qu'un au revoir !

Larevuduspectacle.fr
Christine Ducq
17 juin 2016

Le 18 juin 2016, à la Philharmonie, le plus français des chefs estoniens donnera son dernier concert comme directeur musical de l'Orchestre de Paris. Musiciens et public auront sans doute le cœur serré - comme le Maestro lui-même - tant ses six saisons à la tête de la phalange parisienne ont été marquées par une belle réussite.

Six saisons, une belle aventure humaine et artistique que celle vécue par le chef estonien Paavo Järvi et l'Orchestre de Paris. Six saisons consacrée à remodeler un orchestre revenu au top des formations françaises reconnues au niveau international. En témoignent les échos des nombreuses tournées effectuées sur tous les continents dans des articles élogieux parus un peu partout.

En France ? Le chef ne fait pas encore l'unanimité. Serait en cause une prétendue "froideur" sans doute inhérente (pour ses détracteurs) à un artiste né à Tallinn ? Pour qui était à son avant-dernier concert à la Philharmonie le 25 mai (comme à tous les autres), le reproche ne tient pas. Il suffisait de voir l'émotion et la gratitude des musiciens de l'orchestre comme celles du public.


Paavo Järvi © Mirco Magliocca.
Ce concert portait assurément l'empreinte du chef devenu en quelques années un des plus marquants de la longue histoire de l'orchestre. Il s‘ouvrait par une création commandée au compositeur Richard Dubugnon : un "Caprice II pour orchestre", mettant à contribution tous les pupitres en un crescendo électrisant.
Puis l'orchestre avait invité le soliste Leonidas Kavakos pour le Concerto pour violon n°2 aussi âpre que virtuose de Béla Bartok, période "Allegro Barbaro". Enfin, la Symphonie n°6 de Dimitri Chostakovitch (un des compositeurs fétiches de Paavo Järvi) - malheureusement moins donnée que les 5e et 7e - entraînait la ferveur générale avec ses trois mouvements aux climats antagoniques.

Et en effet, qui mieux que le fils du fameux Neeme Järvi (1) pouvait rendre au largo son atmosphère quasi funèbre avec ses longues phrases mélodiques raffinées, la vivacité diabolique des changements de rythme de l'allegro comme la force cosmique du presto final ? Froideur ? Certainement pas… mais le feu sous l'apparent self-control et une vraie passion pour des partitions libérant dangereusement les forces motrices à l'œuvre dans l'univers. Le 18 juin, le programme de son dernier concert comme directeur musical de l'Orchestre de Paris est construit autour de la 3e symphonie de Gustav Mahler - évidemment un autre compositeur de son Panthéon.
Paavo Järvi a annoncé il y a longtemps son départ (2), décidé alors même qu'il déclarait lui-même "adorer" l'orchestre. C'est que d'autres aventures l'attendent ailleurs. Mais nous reverrons toujours avec gratitude l'homme qui ne manquera pas de revenir en France pour nous rappeler son amour du travail bien fait et la haute idée qu'il se fait de sa mission et des orchestres qu'il dirige. Et puis en attendant (pour qui en douterait, ne le connaissant pas), son humour sarcastique et son expertise se vérifieront comme chaque année sur les réseaux sociaux aux prochaines éditions de l'Eurovision. Un des plus grands chefs au monde s'intéressant à l'Eurovision ? Oui, il est comme cela monsieur Järvi, un passionné sans préjugés - tout ce qu'il y a d'aimable.

Orchestre de Paris, Paavo Järvi © J.-B. Pellerin.(1) 

Paavo Järvi appartient à une famille de musiciens avec les chefs d'orchestre Neeme Järvi et Kristjan Järvi (son frère). Ses répertoires de prédilection sont français, allemand, russe et scandinave.
(2) Outre le Deutsche Kammerphilharmonie de Brême (dont il est directeur artistique depuis 2004), Paavo Järvi rejoint l'orchestre symphonique de la NHK à Tokyo.

Prochains concerts de l'Orchestre de Paris
18 juin 2016 à 20 h 30.
Philharmonie de Paris, "Grand final de Paavo Järvi".
Gustav Mahler, Symphonie n°3.
Paavo Järvi, direction.
Michelle DeYoung, alto.

http://www.larevueduspectacle.fr/Paavo-Jarvi-et-l-Orchestre-de-Paris-ce-n-est-qu-un-au-revoir-_a1618.html

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