Monday, January 13, 2014

La chronique CD : Emotions d’hiver

Lesechos.fr
Philippe Venturini
10/01/2014

Les disques du week-end : l’émouvant voyage mémoriel de Rosanne Cash (en avant-première) ; le « live » bouleversant de Nick Cave ; l’eden pop-folk de Turin Brake ; les audaces de Marie Modiano ; et les pièces pour alto magiques d’Hindemith par Antoine Tamestit.
PAUL HINDEMITH - Bratsche ! Antoine Tamestit (alto), Markus Hadula (piano), Orchestre symphonique de la radio de Francfort, direction : Paavo Järvi (1 CD Naïve)




C’est peu dire que les cinquante ans de la disparition de Paul Hindemith (1895-1963) sont passés inaperçus. De côté-ci du Rhin, le compositeur passe encore pour un affreux raseur, un de ces compositeurs qui, marqué par le retour à Bach dans les années 1920, a laissé une musique chargée et indigeste. C’est oublier qu’il fit partie de l’avant-garde au point d’être mis à l’index par les nazis, qu’il composa dans une incroyable diversité de styles, qu’il fut un pédagogue recherché, qu’il œuvra pour le retour de la musique baroque sur instruments d’époque et qu’il fut un formidable altiste.

Aussi est-ce un florilège de pièces écrites pour son instrument (d’où le titre, tout simple, de ce récital « Bratsche » signifiant alto en allemand) que propose Antoine Tamestit. Qui redoute le plomb sera sans doute étonné par les lignes aériennes de la « Sonate pour alto et piano » qui ouvre ce programme. De même, la « Sonate pour alto solo », derrière l’apparente sévérité d’une page par un seul instrument à cordes, dévoile une intensité expressive qui en surprendra plus d’un. Il faut dire que, une fois de plus, Antoine Tamestit investit ce répertoire avec la virtuosité, la grâce et la musicalité frémissante qui ont fait sa réputation. Cet diable d’artiste pourrait transformer le plus banal exercice technique en musique.

Alors, bien évidemment, dans les pages orchestrales plus immédiatement séduisantes que sont « Der Schwanendreher », un concerto d’après d’anciens chants populaires, et la « Trauermusik » (Musique funèbre), l’auditeur ne peut qu’être captivé. L’éloquence naturelle d’Antoine Tamestit et son style souverain se combine admirablement avec la direction millimétrée et finement nuancée de Paavo Järvi. Mélancolique, joyeuse, grave, lumineuse, la musique d’Hindemith à de quoi étonner. Pourquoi ne pas profiter de la nouvelle année pour oublier ses a priori ?

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