Wednesday, August 06, 2008

CD REVIEW: "Magma"





February 20, 2008
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Erkki-Sven Tüür : Symphonie n° 4 «Magma» – Inquiétude du fini – Igavik – The Path and the Traces
Dame Evelyn Glennie (percussion), Chœur de chambre de la Philharmonie estonienne, Chœur d’hommes national d’Estonie, Mihhail Gerts (direction),
Orchestre national symphonique d’Estonie, Paavo Järvi (direction)
Enregistré à Tallinn (7-11 juin 2006) – 67’22
Virgin Classics 0946 3 85785 2 9 (distribué par EMI)
Paavo Järvi tient à révéler à un large public international la qualité de la musique de son pays et plus particulièrement celle de quatre de ses compatriotes Eduard Tubin (1905-1982), Arvo Pärt (né en 1935), Lepo Sumera (1950-2000) et Erkki-Sven Tüür (né en 1959). Après Exodus (ECM New Series), «tüürmagma» devient le deuxième disque que Järvi consacre entièrement à Tüür, cet encore jeune compositeur estonien, percussionniste et flûtiste de formation, entre 1979 et 1983 membre fondateur du groupe de rock progressif In Spe, toujours en existence.Järvi choisit ici trois œuvres récentes écrites entre 2002 et 2006 et une plus ancienne de 1992, L’Inquiétude du fini pour chœur mixte, flûte, clarinette, basson et cordes sur un texte en français du poète estonien Tõnu Õnnepalu. On y sent les diverses influences que le compositeur a subies, à commencer par celle de son professeur, Lepo Sumera, dont l’écriture se base sur l’ancien chant runique, illusion par moments d’un style minimaliste qui, cependant, reste enraciné dans la tradition. Allant de l’avant par traits, par jets, Tüür juxtapose des cellules diatoniques, chromatiques et atonales et cultive les contrastes nés de rythmes heurtés, tournoyants ou calmes. Petit à petit, voix et pupitres se divisent, s’irisent et, au-delà des accords, le subtil contrepoint dynamique qui en résulte deviendra l’une des constantes de l’écriture de Tüür par la suite.L’œuvre majeure de la sélection est sans doute la Quatrième symphonie. Pour percussion solo et orchestre, elle porte le titre Magma et semble, en surface, évoluer de manière imprévisible comme le magma, le feu, les flammes, fumées et étincelles d’un volcan menaçant d’entrer en éruption. On peut en apprécier les grondements aux effets sismiques, les fulgurances soudaines aux couleurs intenses, et les éclosions et accalmies aux scintillants éclats d’obsidienne blanchis de lune. La symphonie n’est cependant nullement programmatique mais rigoureusement construite, son mouvement unique se subdivisant en quatre sections que l’on peut trouver classiques: introduction et allegro, scherzo, lento, et finale, avec cadence entre les deuxième et troisième sections. Ecrite pour Evelyn Glennie qui en assura la création en 2002, la partie de percussion s’intègre à l’ensemble orchestral, accentuant la conception symphonique et non concertante de l’œuvre, mais la place de la percussionniste devant l’orchestre en accuse le rôle important. Ce sont les différents timbres de la percussion qui délimitent les quatre sections, des sonorités les plus cristallines aux pulsations sombres de qualité parfois violente, en passant par le scherzo éruptif et la cadence à la batterie plus jazz.Les gestes orchestraux de Tüür exigent beaucoup des exécutants et l’interprétation de Paavo Järvi à la tête de l’Orchestre national symphonique d’Estonie détaille avec clarté les strates polyphoniques et polyrythmiques, la spatialisation timbrale aux développements harmoniques, la puissance sonore des «pyramides d’accords» (comme Tüür les dénomme lui-même), et l’éblouissante complexité des opalescences de cordes et de cuivres dans le registre aigu.De longs faisceaux étirés d’oscillants accords qui s’entrecroisent, des glissements harmoniques de blocs d’accords qui soudain se brisent en tourbillons et cascades pour se reformer aussitôt se posent sur le grondement d’une pédale dans le grave extrême des contrebasses. C’est ainsi, en enflant ou en étouffant le volume sonore, que Tüür évoque l’architecture intérieure d’une cathédrale crétoise et la résonance d’un plain-chant orthodoxe qui l’avait ému. La pièce est pour orchestre à cordes et porte le titre The Paths and the Traces, à la mémoire de son père et en souvenir de l’éclaireur que fut un temps en Estonie Arvo Pärt à qui l’œuvre est dédiée en l’honneur de ses soixante-dix ans (2005). On peut se laisser séduire par la clarté lumineuse de son apparente simplicité et la belle puissance des cordes de l’Orchestre national symphonique d’Estonie.L’œuvre la plus récente est une courte élégie composée en 2006 pour les funérailles de Lennart Meri, ami de Tüür, spécialiste de la culture finno-ougrienne, ancien déporté en Sibérie et président de l’Estonie entre 1992 et 2001. Igavik (Eternité) pour voix d’hommes et orchestre, fait aussitôt penser à l’œuvre pour chœur de Veljo Tormis, compositeur estonien né en 1930. Comme Tormis, Tüür s’inspire de la tradition chamanique estonienne, vieille de trois mille ans, pour le début de l’œuvre (impressionnant dans le grave). L’orchestre orne de manière de plus en plus complexe les motifs et les cellules rythmiques de la tradition pour aboutir à des textures changeantes d’un grand raffinement timbral. La composition exalte la vie de Meri en étant, comme Tüür le dit d’elle, «riche de luttes et de transformations».La qualité des deux chœurs – le Chœur de chambre de la Philharmonie estonienne, rejoint pour Igavik par le Chœur national d’Estonie (chœur d’hommes) – est toujours aussi remarquable.
Christine Labroche

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